Trois acteurs devant le livre numériqueL’année 2009 sera-t-elle considérée à l’avenir comme celle de l’émergence du livre numérique en France ? Je n’ai pas seulement en tête le Kindle d'Amazon, le Cybook Opus de Bookeen, le Reader Touch de Sony, mais les éditeurs qui lancent sur la Toile des catalogues de titres de « livres numériques », par exemple publie.net (François Bon), feedbooks, des petits éditeurs comme fudo éditions, ou des librairies qui utilisent la plate-forme ePagine.
Un proche me signale que l’expression « livre numérique » est exagérée ; on devrait plutôt parler de fichier numérique (J’ai aussi entendu l’expression « livre électronique »). On voit que la dénomination, pas arrêtée, prête à confusion. Le « livre » est un objet très différent d’un fichier numérique. Ne pourrait-on pas dire qu’un fichier numérique, par exemple PDF, dont on peut tourner les pages en un seul clic sur un écran, n’est, finalement, qu’un livre inachevé ? Il n’a pas fait le saut de l’image virtuelle à l’objet matériel ; il n’a pas atteint la matérialité qui en fait un objet autonome.
Le mot livre correspond à un objet tangible, qu’on peut toucher du doigt, prendre dans la main. L’œil joue un rôle essentiel dans la lecture, mais également la main. La lecture d’un livre papier allie la vue, le toucher, et même l’odorat. La lecture sur un écran fait appel à un autre mode d'appréhension. Même si elle présente des avantages incontestables, par exemple la quête d'informations pour un travail rédactionnel ou bien l'ajustement par le lecteur de la taille des caractères, elle comporte des inconvénients ; je pense à l’éducation et au rôle social du livre papier (Le livre n’est-il pas l’un des cadeaux les plus offerts dans les fêtes de fin d’année ?).
Kat Hannaford souligne dans un blog qu’un livre de poche vaut tous les « e-books » du monde : moins cher, ne casse pas, n’a pas besoin de pile (j’ajouterai résiste mieux aux chocs), se prête ou se donne à ses amis. On l’a compris : le jeu des comparaisons, des points de vue, nourrit un débat qui est loin d’être bouclé. On peut même en prévoir l’issue : le livre papier voisinera avec les liseuses (mot français pour e-book) et les écrans. Le texte transitera par ces deux média. Cela ne signifie pas pour autant que tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes. Chaque jour se pose, se posera, la question de l’accès à ces modes de transmission des idées, des œuvres littéraires, de l’art numérique, etc. On est loin de vivre dans un monde apaisé.
© Alain Jean-André
Lien :
Consulter le dossier sur le livre numérique.
Remarque :
Parmi les indélicatesses vraiment pas sympathiques de certains utilisateurs d’Internet, je signale que l’emploi de mon nom pour la vente d’un livret pédagogique sous forme de fichier numérique sur l’Age d’homme de Michel Leiris est abusive. Je n’ai jamais été contacté, n’ai donné aucun accord pour vendre ce texte : il est en accès libre sur la Luxiotte. J’ignore tout de la personne indélicate qui utilise mon nom pour commercialiser son opuscule. Curieuse pédagogie.