par Alain Jean-André
Avec Philippe Héroux, on est loin du minimalisme contemporain, des factures froides, des visions fragmentaires. On sent tout de suite un tempérament : l'artiste peint d'une manière réaliste, satirique : il s'inscrit dans une tradition plus allemande que française, avec une vigueur contagieuse, une richesse de significations inhabituelle aujourd'hui.
Regardons le triptyque L'as de carreau recyclé, sorte de parabole autour de la reproduction d'une toile de Georges de la Tour ; titre : Le silence ; à droite, Cri, une scène de famille, à gauche Rire, une autre scène avec une femme aux gros seins. Dans les deux cas, une facture expressionniste, une accentuation de caricaturiste. Et, sur chaque toile, l'as de carreau qui tisse le thème de la tricherie.
Autre triptyque, Les désenchantés. Il comprend, de gauche à droite, une tête de femme, une tête de chien, une tête d'homme. Pour chacun, même yeux chiasseux, même traits empâtés, même tristesse. En somme, des antihéros. C'est encore le cas avec L'homme sans révolte : un personnage en costume bleu déformé, un pied nu et un autre en chaussette (?), un ticket du loto qui dépasse de sa poche, un visage sans expression.
Philippe Héroux sait mettre en scène le tragi-comique de l'existence. Sur ses toiles, se mêlent le réalisme et la satire, le dérisoire et le pathétique. Dans ses portraits et ses scènes, il perpétue pour notre plaisir la manière d'un George Grosz ou d'un Otto Dix. Sans doute l'exposition gagnerait à moins présenter, pour atteindre plus de cohérence. Mais, devant les sept études pour Semaine sainte à la station Strasbourg-Saint-Denis on est impatient de connaître la suite.