par Alain Jean-André
Deux expositions très différentes, qui se partagent les grandes salles des deux niveaux du CRAC Alsace, à Altkirch. Au rez-de-chaussée, l'association strasbourgeoise « A l'Aube des Mouches » présente les travaux des plasticiens de cette coopérative et d'artistes invités. Au premier étage, les Editions Rémy Bucciali ont accroché aux murs les estampes de près de trente artistes, à côté de toiles de grandes dimensions, ce qui donne à l'ensemble une forte présence.
Les plasticiens réunis par « A l'Aube des Mouches » proposent des techniques et des objets très différents. Photographies couleurs de grands formats avec Gérard Wagner, qui mène une réflexion sur le temps et aborde ici la notion de disparition ; travail au plomb de Véronique Moser, d'une grande finesse, qui évoque des formes organiques ; huiles sur toiles de Nicolas Weber, à mi-chemin entre l'abstraction et la représentation de paysages ; construction en bois de Thierry Bonnichon, par exemple Sirènes, qui rappelle la forme d'un bateau mais fait allusion à l'actualité française du moment ; objets-camisoles d'Arnaud Joachim, qui peuvent inquiéter ou amuser ; enfin, objets d'Emmanuelle Premel-Cabic ou d'Hervé Bohnert qui entrent dans d'autres problématiques.
Avec « De l'interprétation », au premier étage, Rémy Bucciali expose un remarquable panorama de son activité. Il confie à Marie-Noël Rio : « Je dessinais, je peignais. Et puis, j'ai réalisé que je n'avais pas assez à dire comme artiste... mais j'ai compris que je pouvais être un interprète de premier plan. » Il en donne, dans ces salles, une éblouissante démonstration. Pointes sèches de Michel Cornu, de Marie-Gaelle Moldo ; aquatinte de Tony Soulié, Raymond Waydelich, Patrick Loste, Bernard Quesniaux, Richard Texier, Tomi Ungerer ; aquatinte et pointe sèche d'Angelo Luccia ; tempera sur papier de MItsuo Shibraishi, etc, la visite apporte au spectateur un plaisir rare. Car le travail est varié, d'une haute tenue. Il montre aussi combien « l'interprète travaille sur le vif, dans l'instant ».
Une fois encore, le CRAC Alsace a réussi une belle expérience : combiner les différences, réunir techniques traditionnelles et avancées nouvelles. Nul doute que le spectateur y verra, encore une fois, un art vivant, qui séduit ou questionne, dans une région qui maintient une grande richesse artistique.