Avec légèreté

Amps and Ohms, Pae White, Centre d'art contemporain la Synagogue 57 590 Delme (tél : +33 (0)3 87 01 43 14), jusqu'au 26 septembre 2004.

par Alain Jean-André

Pae White à Delme : Photo Alain jean-André

L'exposition de l'été 2004, à la synagogue de Delme, propose un projet spécialement réalisé pour occuper les volumes intérieurs de l'ancien lieu sacré (auquel s'ajoutent deux panneaux signalétiques aux entrées du village). Réalisation in situ, qui associe le contraste de couleurs vives au sol à des constructions suspendues légères, l'une de grande taille au centre de l'édifice, les autres étant des cages irrégulières de petite taille. Encore une fois, on se situe dans les problématiques du lieu de l'exposition et de la matérialité de l'œuvre et, bien sûr, de la place du spectateur dans un espace qui contient une réalisation éphémère.

D'emblée, ce que remarque le visiteur, c'est la légèreté, la modestie et la simplicité du dispositif mis en œuvre. En entrant, au-dessus d'un sol bleu, on butte sur une sorte de nuage multicolore qui semble flotter dans l'espace à la hauteur des yeux. En fait, cette pièce composée de pastilles de papier découpées - des couleurs vives de l'univers publicitaire -, est suspendue par 504 fils qui descendent de la coupole et qu'on remarque en levant les yeux. Du premier étage, on constate une forme simple avec des bras : un travail très construit qui rappelle des activités d'arts plastiques des enfants d'une école.

Au premier et au second niveau, les cages faites avec des fils de fer donnent la même impression de travaux enfantins. De formes irrégulières, elles contiennent des papiers colorés découpés dans des magazines et des journaux. Jeu de couleurs et de mots, qui vaut plus par la rencontre de signifiants que de signifiés. Constructions modestes, poétiques et légères qui s'opposent à la grandeur architecturale et indiquent (peut-être) une manière de la domestiquer : plutôt qu'une décoration, une forme post-moderne de conjuration.

Avec le travail de Pae White, des matériaux de la vie de tous les jours (du papier, du carton, des fils de fer, etc) accèdent à un statut plastique. On est proche du minimalisme des années 60, avec une variante : l'emploi de la couleur vive, en particulier celle des sols (du bleu, du rouge, du jaune), tranche avec la convention du (cube) blanc. Les manières de jouer avec des variantes de l'art contemporain montrent (gentiment) ses aspects académiques. Au final, une réalisation poétique et pédagogique : on peut partir de presque rien pour arriver à une œuvre d'art qui durera le temps d'un été. Pour cela il faut être pauvre, simple d'esprit ou artiste.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 13 juillet 2004)