par Alain Jean-André
L’UTBM de Sévenans, école d’ingénieurs située à côté de Belfort, permet de voir des travaux de trois artistes : un photographe, Christophe Bohème, deux plasticiens, Michel Nadal et Mélaine Richert. Malgré son titre, l’exposition réalise un alliage improbable : ce qui domine, ce sont plutôt des différences de tous ordres. Heureusement, ai-je envie de dire. On visite au moins une exposition vivante.
Christophe Bohème (Photo A.J.A)
Avec Christophe Bohème, né en 1967, le minuscule, le détail prennent la taille d’un paysage, qu’il s’agisse d’un morceau de bois, d’une flaque d’eau ou d’une tôle rouillée. On quitte la représentation du réel pour entrer dans la féerie des formes d’une composition abstraite. Cette exposition lui a permis de présenter cinq photographies monumentales sur bâche, une échelle qui lui permet de rivaliser avantageusement avec l’architecture.
Collector, Michel Nadal (Photo A.J.A)
Michel Nadal, lui, travaille toujours sa veine des collectors et présente une sorte de fresque sur un long pilier vertical. Cette manière d’inventaire, qui est aussi invention, le fait œuvrer depuis des années. Ces panneaux de fragments rassemblés, qui peuvent sembler décoratif, et dérouter, constituent en fait un journal plastique. Il peut avoir des résonances très intimes. Il donne une forme plastique originale à ce qui est au cœur de sa propre histoire. Ce qui n’est pas le moindre paradoxe.
Mélaine Richert (Photo A.J.A)
Mélaine Richert, plasticienne beaucoup plus jeune (elle est née en 1982), manifeste une présence plus éclectique : celle d’une jeune artiste qui pratique un art plus spontanée, mais très élaboré, sans privilégier un médium. Elle présente une sculpture construite à partir de la récupération et du détournement d’objets communs : cela donne un flamand bleu fait avec des aspirateurs, et des dessins à ce sujet. Clin d’œil d’une artiste qui s’adresse aux constructions mécaniques des élèves ingénieurs, sans doute.
On peut regretter qu’une telle exposition n’ait pas trouvé dans ces lieux une ou deux salles pour s’installer vraiment. La monumentalité de l’architecture, l’espace ouvert comme une rue m’ont semblé réduire la présence des travaux. Souhaitons que ce cadre peu propice ait permis un dialogue entre les étudiants et les artistes, autrement dit un échange fructueux entre la sphère des techniques et celle de l’art.
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 2 décembre 2009)
Liens :
Le site de Christophe Bohème
Le site de Mélaine Richert
Le dossier Michel Nadal sur ce site.