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Frédéric Gerchambeau : Peter Gabriel, Genesis

3 septembre 2002... Il nous faudra attendre jusqu'au 3 septembre 2002...

C'est à cette date prochaine que l'immense Peter Gabriel sortira son nouvel album, "Up". Combien d'attente depuis son dernier opus ? Cinq ans ? Sept ans ? Plus ? De toute façon beaucoup trop de temps. Depuis son premier album solo, déjà, il nous avait emmené sur les hauteurs vertigineuses de son rock à la fois rugueux et exigeant, mais toujours vibrant et exaltant. Sortir des titres comme "Solsbury Hill" et "Humdrum", sans oublier les fantastiques "Down the Dolce Vita" et "Here comes the flood", comme ça, dès un premier un premier album, quel maestria, oui, déjà ! Le deuxième album fut généralement moins bien compris, même s'il y avait des titres comme "On the air" ou "D.I.Y." pour adoucir quelque peu l'exigence d'écoute et de compréhension que demandait, encore et toujours, notre Archange du Rock. Le troisième album fut un coup de massue. A commencer par "Intruder" qui justement débute cet album. Peter Gabriel exige de Phil Collins qu'il joue de sa batterie sans jamais toucher ni aux cymbales ni à la charleston. En prime, il compresse violemment le son de la batterie de Phil. Dès lors le beat devient gigantesque, monstrueux... et surtout très inquiétant... Un peu comme la pochette de ce fabuleux album. Inquiétant et génial est aussi "I don't remember", qu'on a justement du mal à oublier. Mais il y a aussi le très subtil "Games without frontiers" et l'hymne absolu et nécessaire "Biko". Puis il y eut un quatrième album, toujours sans nom, seulement avec un numéro... Et un nouveau coup de massue. Une vraie mine de chants aux rythmes denses et intenses, et tout premièrement le très innovant "The rythm of the heat", mais aussi "I have the touch", "Lay your hands on me" et l'affolant "Shock the monkey". Suivront encore So, souvenez-vous de l'audacieux et cocasse "Sledgehammer" et son incroyable clip, et "Us", avec son sur-énergique "Steam". Mais c'est peu d'évoquer les albums et les chansons de l'homme, il faudrait aussi évoquer l'homme lui-même, devenu grand, très grand, bien plus grand que sa simple carrière musicale...

Et avant même cette phénoménale route en solo, il y eu également la légendaire route en groupe. Je veux parler de Genesis, bien sûr.

Pour ma part, j'ai découvert Genesis en 1976, un lundi soir, sur RTL. A l'époque, tard dans la nuit, il y avait une émission, jamais plus égalée depuis à mon avis, qui ne passait que le meilleur du rock, du blues et de la pop. Cela s'appelait les "Nocturnes de RTL". Et tous les soirs, j'éteignais tout et j'écoutais, avide et impatient, dans le noir. Or un soir, le présentateur de l'émission annonce avec des trémolos dans la voix et des roulements de tambour le nouvel album de Genesis. Il dit aussi que pour cet événement exceptionnel (ah ? me disais-je en ce temps...), il commencerait toute la semaine l'émission avec un morceau différent de l'album chaque jour. Lundi soir, donc, se fut "Dance on a volcano". Gros choc. Je n'avais jamais entendu un truc pareil auparavant, à la fois si mélodique et si implacable dans la progression et le rythme. Mais le mardi soir, mon émotion monta encore d'un cran avec "Entangled", un pur moment de rêverie et d'enchantement. Décidément, un groupe qui maniait et mélangeait si bien le rock le plus massif avec la légèreté la plus délicieuse valait bien qu'on achète immédiatemant son nouvel opus. Et j'appris donc que le nouvel opus en question s'appelait "A trick of the Tail" et qu'il venait en effet de sortir avec tout le respect et la grandeur que l'on doit à un nouveau né de ce groupe. Soit. Je rentre chez moi, j'écoute l'album entier et j'en reste sur le derrière. Les mots ne venaient plus. Juste le sentiment que ma vie était devenue plus belle maintenant que j'avais toutes ces mélodies en tête, pour me les fredonner, pour m'envoler dessus ou pour m'inviter au songe.

Or Genesis était aussi annoncé en concert, et à Paris ! pour accompagner la sortie de leur nouvel album en France. Fiévreusement, je pris ma place pour le premier des deux concerts, avant d'en prendre finalement une autre pour le second soir. Une petite folie, ce que je m'offrais là ! A l'époque une place de concert pour Genesis valait quand même... 37 francs !

Nous sommes au milieu du mois de juin 1976. J'ai 16 ans. Il fait beau. J'attends, avec toute une bande d'autres jeunes comme moi, l'ouverture des portes du Pavillon de Paris. Les gars de la sécurité sont costauds et ne plaisantent pas avec les horaires, même si peu à peu les gens affluent et que les premiers arrivés, dont moi, commencent à être un tantinet serrés sur les barrières. C'est comme ça, faut s'y faire. Mais pendant que j'attends, j'entends également. Et on parle ici et là, d'un Archange disparu, de l'âme du groupe perdue. A l'époque, je n'y comprenais rien. Je voyais simplement les blousons et manteaux décorés artistement à l'imagerie et au nom de Genesis. C'était mon premier grand concert, je m'initiais à la sensation de l'attente fébrile et aux joies des discussions d'avant-concert. Néanmoins, je sentais déjà confusément que le groupe dont j'allais voir le concert était un gros chouïa différent des autres, quelque chose d'un peu à part.

Cela se confirma avec les premières notes de "Dance on a volcano", qui ouvrait le concert. Le son était pur, cristallin, miraculeux. La chanson, brûlante et lumineuse comme un feu sacré, déboula ensuite, carrée et parfaite. Un petit lutin barbu chantait et tout l'univers semblait chanter avec lui. Puis le petit barbu facétieux nous dit que le groupe allait nous jouer une longue suite tirée de... Je ne compris pas très bien... Je compris juste le mot "Broadway". Et à ces mots, il y eu une vive agitation. Tout le monde chuchotait "The Lamb... The Lamb...". Les anciens devaient connaître. Moi aussi, je n'allais pas tarder à... prendre une énorme claque ! Dès l'introduction au piano, je sus que ce morceau, et tous les autres, allaient être fabuleux. L'enchaînement des quelques chansons tirées de "The Lamb..." fut d'abord tout simplement prodigieux. S'ensuivirent alors "White mountain", "Squonk", "Entangled", "Robbery, assault and battery", "Firth of Fith", "I know what I like", "The cinema show" et quelques autres hymnes à la gloire de la splendeur du rock le plus magique qu'il soit possible d'imaginer et de composer. Personne ne disait plus un mot. Tout le monde communiait. A la fin, le petit barbu dont les yeux pétillaient nous causa vaguement d'un dîner qui allait être servi. Tous trépignèrent à cette annonce. Sauf moi, qui encore une fois n'avait rien pu comprendre de ce qui allait advenir maintenant. J'aurais pourtant dû trépigner, et j'en trépigne encore à présent. Il s'agissait tout naturellement de "Supper's ready", extraordinaire et indescriptible suite consacrée à la grande guerre pré-apocalyptique et à la finale rédemption du monde au sein de la Jérusalem Céleste, ou quelque chose comme ça. Sonné, j'étais sonné, étalé mentalement par terre, compté dix voire quinze... Mais tout allait très bien ! Je venais juste d'imploser musicalement de l'intérieur...

Dès le lendemain du deuxième concert, tout aussi beau et précieusement joué que le premier, je me précipitai pour acquérir tous les albums du groupe qui avaient précédé celui que j'avais déjà. Imaginez, c'est déjà difficile à décrire quand on se prend coup sur coup dans la tête des morceaux, qu'à l'époque je découvrais à peine, comme "The musical box", "Watcher of the skies" ou encore "Dancing with the moonlight knight", mais quand en plus on se prend en plein cerveau le double album "The Lamb lies dowm on Broadway", on peut comprendre que, tout de suite, là, comme ça, on ait un peu de mal à s'en remettre.

Et c'est surtout avec ce dernier opus que j'appris à connaître Peter Gabriel. Il était dit en ce temps qu'il était l'âme et le coeur de Genesis. Bien entendu les autres n'étaient pas des mauvais non plus. Avec Tony Banks aux claviers, Steve Hackett aux guitares, Mike Rutherford ne dédaignant pas de jouer de la basse et de la guitare, souvent d'ailleurs sur un seul et même instrument à deux manches, et avec encore Phil Collins à la batterie, Genesis ressemblait plus à une collection de génies musicaux qu'à un groupe normal. Seulement voilà, Peter Gabriel était l'Archange qui accaparait tous les regards ainsi que tous les bravos. Mais un beau jour, l'Archange rendit ses ailes et alla s'asseoir sur la terre des hommes pour leur chanter ses chansons à lui, à lui tout seul. On connaît désormais la suite...

Alors donc, comme ça, notre ancien Archange de la somptueuse Genèse nous invite pour bientôt à un nouveau festin chanté. Attendons, mes frères, attendons. Et réjouissons-nous. Supper's about to be ready again !

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