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Frédéric
Gerchambeau : les Who
John
Entwistle est mort le 27 juin dernier...
Ainsi le fabuleux bassiste des Who s'est éteint lui aussi, rejoignant
Keith Moon, l'ancien batteur fantasque et prodigieux de ce groupe, dans
son petit coin de paradis...
"All things must pass" chantait George Harrison.
Oui, certes, toutes les choses doivent passer et s'évanouir, mais c'est
quand même dur de toujours tout avaler. Notre bon vieux rock des années
70 vieillit, et ceux qui n'ont pas été emportés par la drogue et les
excès divers s'en vont maintenant, suivant le flot naturel des choses
et des êtres qui franchissent les portes de l'ailleurs...
Les Who m'ont toujours paru avoir une place autre que celle qu'ils
auraient dû mériter dans le rock. D'accord, je sais, ils ont été et
sont encore admirés, adulés, et tout et tout... Non, ce n'est de cela
que je parle. Je n'évoque pas leur place tout en haut du Panthéon du
rock. Ils sont tranquilles pour toujours de ce côté-là ! Je parle de
la place qu'ils auraient dû prendre dans l'évolution du rock.
Quand on cite les Who, on pense toujours à la puissance de leur musique
et à l'énergie formidable que dégageaient (et que dégagent encore !)
leurs concerts. Certes. Passons sur les guitares brisées férocement,
les amplis éventrés et les batteries littéralement massacrées. Ok.
Mais a-t-on toujours bien écouté les paroles de leurs chansons ?
A-t-on bien compris les quelques messages essentiels qu'ils voulaient
nous faire passer ?
Certains étaient pourtant particulièrement édifiants et bruyants !
Réécoutez par exemple "Won't Get Fooled Again". Le message
n'est-il toujours pas et de plus en plus d'actualité ?
Une autre chose qui m'a toujours étonné dans la place qu'ont pris les
Who, c'est qu'ils n'ont jamais vraiment été cités pour leurs avancées
en matière de musique électronique. Je viens juste d'évoquer
"Won't Get Fooled Again". Quelle magistrale leçon dans ce
domaine ! Et je ne parle même pas de "Baba O'Riley" !
Sait-on seulement que Pete Townshend, que l'on représente plutôt en
train de faire un bond olympique avec sa guitare, est aussi l'un des
meilleurs programmeurs de l'ARP 2500, un des plus gros synthétiseurs
jamais conçus, un des plus puissants et aussi l'un des plus complexes.
L'ARP 2500 ne vous dit rien ? Si, si, rappelez-vous... C'est l'énorme
synthétiseur qui apparaît lors du fameux dialogue musical de
"Rencontre du 3ème type" de Steven Spielberg.
Vous vous rappelez maintenant du monstre ? Et bien sachez que celui de
Townshend est un furieux modèle capable de jouer six notes en même
temps. Et oui, monsieur, un gros modulaire polyphonique avec tout un tas
de séquenceurs dedans et avec un son gigantesque et totalement
analogique.
Ça tranche quelque peu d'avec son éternel look de bourreau de guitare,
non ?
Et ce type a en plus toujours été un visionnaire du rock. Il ne s'est
jamais contenté de la simple chanson en quatre temps avec l'éternel
couplet/refrain/couplet/refrain/solo/refrain ad nauseum. Non, lui a
toujours été un charpentier du rock, un bâtisseur d'opéra, un
amoureux du concept-album, double de préférence. Tommy, c'est lui.
Quadrophenia, c'est encore lui. Et entre les deux il aurait pu y avoir
"Lifehouse" si le projet n'avait pas été si en avance
technologiquement et, finalement, peut-être, trop ambitieux à l'époque.
Il nous en reste tout de même quelques perles miraculeuses par le biais
de l'illustrissime "Who's Next".
Cela tranche aussi pas mal d'avec l'image de Pete Townshend en kangourou
du rock, hein ?
J'ai vu les Who plusieurs fois sur scène, notamment lors de leur tournée
"Quadrophenia" en 1997, à Paris, au Zénith. Mais le concert
de groupe qui traînera toujours comme un diamant magique dans le fond
de ma mémoire restera celui du Pavillon de Paris en 1979. Quelle pêche
! Quelle furie !
Mais en même temps quel spectacle ! Ceux qui n'ont pas été pris à l'époque
dans les mailles tournoyantes des lasers vert-bleu pendant un époustouflant
"Won't Get Fooled again" ne peuvent que difficilement
comprendre...
Saviez-vous que les Who voulaient se reformer pour bâtir un nouvel opus
? Il semblerait qu'après toutes ces longues années de silence, l'envie
leur était revenue de montrer qu'en tant que dinosaures du rock, il était
toujours bon de craindre la morsure de leurs riffs et le tranchant
redoutable de leurs compositions.
Mais voilà, Entwistle est mort... Alors les Who morts aussi, définitivement
? Peut-être aussi... Sûrement.
Dommage. Encore une légende du rock qui ne reviendra plus nous bercer
frénétiquement de ses contes furieux et salutaires. Encore une tombe
de plus dans le cimetière des groupes authentiquement géniaux. Encore
une étoile de plus dans le ciel déjà trop scintillant des disparus
mythiques de la scène rock mondiale.
"All things must pass" chantait George Harrison.
Tant pis, est-ce dans ma tête ou est-ce seulement mon moi réel ? je
prendrai le train de 5 h 15. J'en ai assez, Docteur Jimmy, vous
comprenez ? Je ne suis plus ce garçon qu'on sonne. J'irai rejoindre la
mer et le sable. On me retrouvera noyé. Enfin presque. J'aurai certes
toujours l'esprit découpé en quatre, mais l'amour règnera en moi...
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