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Frédéric Gerchambeau : Keith Emerson, Rick Wakeman, Eddie Jobson


Rappelez-vous... Ce n'était il n'y a pas encore si longtemps...
La scène rock mondiale était alors dominée par des mastodontes tels que les Rollings Stones, les Pink Floyd et autre Supertramp...
Certes les Beatles, les tout premiers grands seigneurs du rock mélodique et progressiste avaient disparus dans les limbes des souvenirs encore trop vifs, mais déjà d'autres combattants pacifiques se déchaînaient ferme dans la lice électro-musicale pour conquérir le coeur et les faveurs du public...

Parmi ces jeunes groupes qui déversaient un flot d'harmonies nouvelles sur le monde et nos oreilles, ceux qui me passionnaient le plus étaient ces groupes, déjà mythiques à cette époque, qui possédaient en leur sein un claviériste monumental, un Sorcier du Minimoog, un Grand-Prêtre du solo alambiqué et magique...

Le premier qui hanta mon esprit, même si, en ces temps reculés, j'étais encore trop jeune pour bien me rendre compte de tout, fut Emerson, Lake & Palmer.
Leur tout premier album est tout bonnement prodigieux et à des années-lumière de tout ce qui se faisait à l'époque, et même encore maintenant. Ecoutez "The Three Fates" où Emerson joue avec brio, passion et inventivité des Grandes Orgues au milieu de quelques autres titres où il fait littéralement rugir son orgue Hammond. Et puis il y a évidemment le si célèbre solo de gros Moog qui conclut "Lucky Man", qui fut par un hasard des plus étranges, le premier solo de synthétiseur de l'histoire du rock. Mais j'étais si jeune en cette année 1971... J'écoutais juste sur le tourne-disque de mon grand frère, encore et encore, fasciné et rêveur, le son de cet instrument énigmatique et l'arabesque mélodique qu'en tirait Emerson...
Cela dit, le grand moment de cet album, est surtout "Take a Pebble". Les paroles de cette chanson très longuement étirée sont magnifiques et les dentelles de piano que tisse autour Emerson sont exceptionnelles... Certainement un des plus beaux chant d'amour et de mélancolie de l'histoire du rock.
Ensuite vint le stupéfiant et majestueux "Tarkus" et sa guerroyante suite éponyme, où Emerson explore pour la première fois et vraiment les fabuleuses possibilités sonores de son Moog modulaire.
L'histoire d'amour d'Emerson et de la firme Moog atteindra son apogée sur l'album "Brain Salad Surgery" et son titanesque "Karn Evil 9". Il y utilisera en effet, outre une sorte de Minimoog body-buildé, le Lyra, dont il fera le meilleur usage, le tout premier modèle de synthétiseur polyphonique Moog, l'Apollo, duquel il créera des accords tour à tour soyeux et flamboyants...

Alors que le groupe Emerson, Lake & Palmer fut immensément connu et apprécié à cette époque, il y eut dans sa lignée et dans les mêmes années un autre groupe, allemand en l'occurrence, aussi formé d'un trio claviers/guitares/batterie, qui produisit quelques albums très élaborés et forts goûteux. Ce groupe, tout à fait excellent quoique nettement moins célèbre qu'ELP, s'appelait Triumvirat. Il enregistra notamment un album particulièrement impressionnant intitulé "Spartacus". Un petit chef-d'oeuvre.

Un autre magicien des claviers qui fut considérablement vénéré à l'époque fut Rick Wakeman lorsqu'il officiait dans Yes. Ses nombreux Minimoog, Clavinet, orgues, pianos divers et autres mellotrons faisaient toujours le régal visuel de ses fans, mais c'était surtout sa formidable technique de jeu et son inépuisable créativité qui émerveillaient ses aficionados. Car même si Yes fut (et est encore) un groupe surtout basé sur un couple guitares / voix, Rick Wakeman a toujours su habiller les épopées yessiennes d'accords magiques d'orgue et de Mellotron ainsi que d'inoubliables envolées de Minimoog. Je n'en veux pour preuve que les fabuleux contrepoints qu'il a signé dans "And You and I" et "Close to the Edge". Mais je crois qu'avec Yes, il a réellement atteint son sommet sur "Awaken", ce magnifique chant céleste où ses fantastiques chevauchées tout en arpèges aux Grandes-Orgues éclairent ce titre d'une aura incomparable.

Cependant, le claviériste qui m'aura le plus impressionné durant ces années 1970 est Tony Banks, le très discret et très exceptionnel pianiste-organiste-mellotroniste-synthétiseuriste de Genesis. Ecoutez les  premières secondes de l'album "The Lamb lies down on Broadway", vous aurez tout compris... Si vos oreilles étaient encore un tantinet sceptique, allez un peu plus loin, jusqu'à "The cage", sur le même album... Et des chef-d'oeuvres claviéristiques comme ceux-là, Tony Banks en a semé tout au long des albums de Genesis. Peut-être, parmi tous les joyaux que ce très grand compositeur et musicien a légué à l'histoire du rock, pourra-t-on retenir, comme pièce maîtresse, son incroyable prestation à l'orgue sur l'incandescent et grandiose "Supper's ready"...

Je ne voudrais pas terminer ce court hommage aux claviéristes de rock qui m'ont fait rêver et vibrer pendant ma jeunesse sans citer un dernier groupe et un dernier musicien de très haute volée. Trois monstres sacrés du rock ont un jour uni leurs forces et leurs talents dans un seul et même super groupe. Comme ils étaient tous anglais, ils n'ont pas été cherché bien loin le nom de leur trio tout neuf : UK. Ce groupe, aux chansons à la fois nerveuses et foisonnantes, ne fera que deux albums et un live, juste le temps pour Eddie Jobson, keyboard-wizard de pure folie, de graver ma mémoire au fer rouge. Ecoutez seulement "Alaska", vous comprendrez...

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