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Frédéric Gerchambeau : Yes


J'examine très régulièrement et toujours très attentivement les DVD disponibles au rayon Pop-Rock des divers Fnac et Virgin de Paris.
Hier, à ma grande surprise et aussi à mon grand plaisir, j'y ai trouvé le tout nouveau DVD "Yessongs" du groupe Yes. Je suis sûr que tous les fans de ce groupe ont écouté et réécouté cent fois les 6 faces de ce merveilleux et mythique triple album live. Et je sais de quoi je parle, car moi aussi je me suis endormi avec bien des soirs...
Donc, vous vous en doutez bien, dès que je l'ai vu, j'ai préparé ma carte bleue et j'ai couru à une caisse...

Une fois dans la rue, j'ai prestement désemballé ce petit cadeau que je me faisais à moi-même, arrachant impatiemment la fine enveloppe de plastique transparent.
J'ouvre le coffret, avide...
Oh... Déception...
En consultant la liste des titres, je me rends compte tout de suite que l'intégralité du légendaire double live n'y est pas.
Tant pis, je me console en me disant que, de toute façon, je vais enfin pouvoir découvrir le côté caché de ces 6 faces et qu'il y a tout de même deux des titres que je préfère de Yes, "And You and I" et "Close to the Edge"...

J'avais tout juste treize ans quand j'ai découvert Yes. Et c'était justement avec "Yessongs", en 1974.
Dans ces années-là, j'avais un ami japonais très féru de musique, notamment de musique classique. Il jouait si bien de la flûte traversière que son professeur lui avait le don, un Noël, de sa propre flûte, en argent massif. Mais il adorait aussi les bons groupes de rock, qu'il choisissait avec un soin tout particulier pour sa discothèque.
J'avoue que quand il a mis "Yessongs" sur sa platine, mes oreilles ont eu du mal à saisir quelque chose de ce flux complexe de mélodies étirées et alambiquées. Mais les harmonies du Oui commençaient déjà à s'insinuer en moi et à me délivrer peu à peu le secret de leur étrange beauté.
Au cours des mois suivants, donc, j'appris à me reconnaître dans les forêts de notes tissées par Anderson, Wakeman, White et Howe. Mes oreilles s'habituèrent. Puis aimèrent. Passionnément.

Depuis les temps ont passé et Yes a souvent changé de membres et de style (pas toujours très glorieusement d'ailleurs, mais empressons-nous d'oublier ces années-là...), pour finalement revenir à une formation très proche de celle de ses débuts et à des compositions qui fleurent bon celles que jouaient originellement le groupe, même si, il faut bien l'avouer, ces nouvelles compositions n'ont pas toujours la fraîcheur, la puissance et la magie de celles du Yes première époque.

Arrivé chez moi, j'introduis sans attendre le DVD dans mon lecteur.
Dès les premières secondes, quelque chose m'amuse en observant le grain de l'image. En effet, des petites imperfections trahissent le fait qu'il s'agit là d'un film tourné lors des différents concerts qui ont abouti à la constitution de "Yessongs".
Mais ce qui me fait encore plus rigoler, c'est les séquences... euh... psychédéliques ? où l'on voit les musiciens sur scène remplacés par des vues de vie sous-marine ou microscopique. Ce qui prouve que ce film a été monté au beau milieu des années 1970, à l'époque où ce genre d'ellipse bio-animalo-poético-musicale était encore la règle dans les films de rock progressif. J'ai d'ailleurs un autre film d'un concert de Emerson, Lake & Palmer tourné et monté dans ces années-là avec ce même genre de plans "cheap" et pseudo-onirico-psychédéliques...

Mon petit amusement passé, je me plonge dans la musique et la vision du Yes de la grande époque sur scène...
Quelle différence entre les images que je vois et celles que j'avais pendant toutes ces années, bien calées au fond de mon crâne !
Je m'imaginais un show grandiose alors qu'en fait ce n'est qu'un bon petit concert, certes énergique et agréable à suivre,  sur une scène moyenne avec un public plutôt bien sagement assis.
Il y a tout de même Rick Wakeman, concentré sur ses claviers, royal dans sa grande cape scintillante, qui donne un petit quartier de noblesse à ce concert très enlevé mais visuellement assez dépouillé.

Je n'ai pu voir Yes sur scène, je parle du vrai Yes, pas du pseudo-Yes artificiel et artificieux des années 1980, que très tard, dans la fin des années 1990. C'était lors de la tournée de leur grand retour, à Paris, au Palais des Congrès. Très grand concert. Excellent souvenir.
Et donc, je pensais que le Yes des grandes années avait eu aussi un budget conséquent de tournée et un show très spectaculaire, comme celui du Yes d'aujourd'hui.

C'est le générique de fin. Les 76 minutes du DVD sont passées comme dans un rêve. J'étais en 1973, devant Yes, avec Yes, sur la scène...
Je regrette que le DVD ne reprenne pas le "Siberian Khatru" qui débutait le double album. Je déplore aussi que "Starship Trooper" soit juste réduit à sa section finale dans ce DVD.

Quand j'arrête enfin le lecteur, je me dis que, décidément, ces concerts jamais vus mais dont on connaît presque chaque note, devraient peut-être rester au fond de notre mémoire comme des rêves précieux mais qui doivent à jamais demeurer irréalisés...
Peut-être aussi est-il bon aussi de confronter souvent le rêve à la réalité pour enfin savoir, savoir vraiment, la vérité des choses...

Entre rêve et réalité, je ne sais plus.
Mais après tout le rêve en lui-même n'est-il une réalité en soi et la réalité parfois comme un rêve ?

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