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Frédéric
Gerchambeau : Ange
32
ans et toutes ses dents pour mordre encore dans le plus beau de la vie,
ça se fête !
Et chez gens-là, la fête on sait vraiment ce que c'est !
Ange était ce soir-là vraiment à son Zénith (de Paris) !
Oh oui ! Ah le fantastique concert que vient de nous donner là ce 13
octobre Christian Décamps et ces Anges de l'Envers (du décor). Pantagruélique,
Gargantuesque ! Du pur Ange, quoi.
18h00. Une lampe de poche s'agite derrière la batterie qui surplombe la
scène encore déserte. C'est un signal. Vers qui ? Vers quoi ? Mes yeux
scrutent la salle comme ceux d'un chat recherchant une souris... Là-haut,
au-dessus de l'énorme console de mixage, une lampe rouge vient de
s'allumer. Celle d'une caméra vidéo. Boudiou, si on filme ça, c'est
que ça ne sera du concert au rabais. Je dirais même que ça promet...
18h00 et vingt secondes. Et paf ! A peine avais-je pensé cela qu'Ange démarre
pleine gomme avec un "Nonne assistante à personne à Tanger"
badaboumesque. Décidément, quand Ange vous promet le Paradis, c'est
pour tout de suite !
Au cours de la chanson suivante, jouée avec tout autant de joie et au
moins autant de watts, et comme je suis un homme, rien qu'un homme, je
n'eus d'yeux que pour la jolie petite nouvelle du groupe, Caroline
Crozat. Quelle voix divine et quelle puissance d'enfer ! Pas étonnant
qu'on en ait fait une Ange !
Et si mes yeux en prennent plein les mirettes avec l'angelette, mes
tympans s'en prennent aussi maintenant plein les oreilles avec cet
"Ethnies" lancé à la face du ciel tel un brûlot. Déjà
trois chansons et aucune chance de reprendre sa respiration.
Heureusement, le concert se fait à présent plus rond avec "Le
ballon de Billy". Ange ne joue plus, Ange s'amuse. Et c'est dans
ces moments-là qu'il nous "play" peut-être le plus...
Je parlais de rondeur, voici une ronde. Mais fortement dopée en
"Adrénaline" toutefois. Ange commence à nous présenter ici,
sur scène, son tout dernier album, avec un Gilles Péquignot très
agile de l'archet et du violon sur cette superbe mélodie joliment
celtisante.
Tout à coup, l'atmosphère se fait nettement plus sombre...
"Jusqu'où iront-ils ?" se lamentent glacialement un Ange
subitement obscur et tout juste éclairé par une fine cage de rayons de
lumière d'un blanc cru.
Mais, ouf ! cette plongée dans le noir intense ne dure pas. Car voici
le temps de la danse... Et quelle danse ! Car sur "Culinaire Lingus",
notre Christian Décamps n'a pu se retenir d'un tango des plus lascifs
avec une Caroline Crozat. Et comme je ne suis qu'un homme, rien qu'un
homme, je n'ai pu que le comprendre... et l'envier !
Après ces quelques pas enlacés, voilà un petit retour sur le passé.
C'est d'abord Claude Demet qui est invité sur les planches pour tracer
dans les airs l'air d'une bien sympathique "Virgule".
Puis c'est au tour de Guenole Biger de s'emparer de la batterie tandis
que Daniel Haas empoigne sa basse pour une "Ode à Emile" de
toute beauté suivit de l'envoûtante magie d'un "Sur la trace des
fées". Un rêve passe au milieu des Anges...
Un rêve ? Que dis-je ? Nous sommes maintenant "Au-delà du délire"...
Christian "Godevin" Décamps s'autoproclamant Roi des Animaux
nous montre ses talents de sorcier en transformant le public en chiens,
en oiseaux et en chats, puis ses talents de dompteur et de maître chanteur
en faisant aboyer, siffler et miauler toute sa ménagerie...
La scène se vide. Seul reste Tristan Décamps qui agonise de rage sur
"Le Bal des Laze", arraché à la force des claviers à Michel
Polnareff.
Le groupe revient in extremis sauver Tristan de la corde qui l'attend
pour un "On sexe" particulièrement hot. Hassan Hajdi fait
l'amour à sa guitare tandis que Thierry Sidhoum caresse vigoureusement
sa basse. Pour ne pas être en reste Hervé Rouyer culbute sa batterie,
ce qui ne manque pas de faire hurler de plaisir une Caroline Crozat haut
perchée sur son septième ciel. On sexe-cuse du peu !
Bon, un petit moment de calme serait le bien venu... Et justement c'est
Francis Lalanne qui est le bienvenu sur un "Shéhérazade"
tout droit venu de la gare de Troyes. Rien à dire, ce concert est
vraiment sur de bons rails !
Enfin, pas tout à fait. Car Jean-Marc Miro grille maintenant un fusible
et chante à qui veut l'entendre "Si j'étais le Messie"
accompagné de Manu, du groupe Tryo, qui penché sur ses tablas fait
mine de ne rien entendre de ces sornettes.
Mais si, mais si, notre Ange revient au grand complet "Crever
d'Amour" sur un duo de voix entre Caroline et Tristan qui se
transforme vite en un duel mortel.
Et puisque la mort et l'amour rôdent, nos Anges en profitent pour jouer
les "Cadavres Exquis". Il faut dire que n'importe qui serait
totalement couché raide après avoir exécuté les 2 heures de concert
méchamment dense et intense que le groupe vient d'envoyer ad patres. Et
oui, nos Anges sont parfois tuants. Surtout quand ils saluent et
quittent la scène en nous laissant exsangues de leurs chants.
Petit rappel : pour qu'un groupe revienne quand il est sorti de scène,
il faut crier "Une autre ! Une autre !". C'est ce que le
public a fait, bien sûr. Car cela fait partie du jeu : le groupe part,
le public crie. C'est un peu comme un Guignol pour les grands. Et le
groupe est revenu, bien évidemment. Et le public a feint de croire que
c'est lui, qui par ses cris, a fait revenir le groupe, comme s'il s'était
s'agit d'incantations magiques. Mais tout cela était prévu d'avance...
La preuve ? Notre Christian Décamps redéboule en moins de deux sur les
planches accoutré en indestructible loup de mer brandissant sa vieille
amie de canne. Et dans le même temps le groupe nous ensevelit sous la
houle hurlante d'un "Capitaine Coeur de Miel" à vous faire pâlir
une tempête. Si le coup n'était pas préparé de longue date, c'est
pour le moins sacrément bien imité...
Mais il y a pire ! Ange nous ressort maintenant une furieuse version de
"Docteur Man", la face B d'un de leurs 45 tours des années
70. A qui fera-t-on croire qu'ils ont réappris cette chanson pendant
qu'ils jouaient la précédente ?
Et ce "Vu d'un Chien" qui date d'il y a plus de 20 ans, et que
le groupe nous balance maintenant en pleine poire comme s'il venait de
la composer juste pour nous mordre avec ?
Ange ne prend désormais plus de gants et entame un "Ces gens-là"
digne d'un géant grand comme un Brel. Et chez ces Anges-là, quand on
bat le rappel, on y va jusqu'au bout...
Quitte à se frotter en direct live sur scène avec le
"Quasimodo" du géant des géants Hugo. Juré que Victor
l'Immense a dû en danser sur sa tombe !
Le livresque personnage ébloui et vaincu par des flots d'harmonies, le
groupe s'en fait à présent un indéfectible ami en lui entonnant son
"Hymne à la vie".
Et pour que la fête soit complète, Ange tape le boeuf "Autour
d'un Cadavre exquis". Cinq guitaristes se relaient de solo en solo
jusqu'à usure total des cordes.
Maintenant 3 heures et trente minutes que Christian Décamps, ses
angelots de tous âges et de tous disques et autres célestes invités
enflamment le Zénith. Une fantastique ovation sonne l'arrêt des
festivités pour permettre à Ange de regagner son ciel. Tous les
participants de ce fabuleux concert reviennent donc sur scène pour un
dernier salut. Une incroyable brochette de 17 musiciens et 1 peintre.
Merci encore, Ô vous Anges rockéens.
Revenez bientôt nous conter vos ballades à rêver debout.
J'ai posé la question à un des ingénieurs du son lors de ma sortie de
la salle : il y aura certainement un disque souvenir de ce 32ème
anniversaire sonique et tonique d'Ange...
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