La femme au chat

La femme au chat, Muriel Cerf, Actes Sud, 140 pages

par Alain Jean-André

Cora Baster, la femme au chat (aussi « femme de lettres »), parle de Pupe, sa chatte persane qui chasse, rôde, rêve, sort des griffes, s'installe, s'endort. Mais il y a aussi le chiot de son mari Williams, Precious Malcom, un yorkshire-terrier acheté dans un élevage de renom. Elle s'occupe «  quasi exclusivement de la chatte » ; le mari, lui, est « inséparable », « indissociable » de son chiot. Pas étonnant que ces deux-là se regardent « parfois en chiens de faïence ».

Car la femme au chat « ne parle ni aux oiseaux ni aux chiens ». On l'aura compris, elle est « du côté des chats » -- et elle raconte tout à Pupe, sa confidente : « la gaieté de ses treize ans hautains, leur séduction méchante », « jadis, entre Istanbul et Téhéran, l'opium », « le souvenir des plages de l'Adriatique et du vent de la nuit dans les palmeraies ». Williams, le mari chômeur, bricoleur, boulimique, fait bientôt les frais des soliloques de son épouse : il devient homme-enfant, garçonnet trop tendre, il perd tout attrait. Difficile d'échapper aux griffes acérées de Cora Baster, femme de lettres.

Le regard de la mère de Cora n'améliore pas la situation : elle soupçonne chez son genre « le filon caché d'une trisomie lointaine ou les effets, plus mystérieux encore, de quelque chromosome non dénombré ». Au fil des pages, on passe de l’opposition de la chatte et du chien, aux écarts entre elle et lui, décrits par la femme. Son regard de plus en plus critique sur Williams aboutit à un constat ravageur ; alors elle se ressource à des rêveries nostalgiques qui la ramènent à sa jeunesse très libre sur des plages idylliques. Finalement, elle quittera leur « maison en meulière » de banlieue pour retrouver les plages et le soleil.

Ce roman atteint souvent une langue chatoyante, présente des saynètes cocasses, passe sans transition à des remarques acérées, se dilue dans les rêveries un peu longues. Il n’est pas exempt de cruautés, de constats abrupts, soutenus par de brillants rappels littéraires. Ces pages s’inscrivent dans le projet littéraire de Muriel Cerf, qui souligne « la valeureuse insubordination du roman face à photographie courte, sans relief, ni perspective, du témoignage ». On revient toujours à la puissance de la littérature sur la vie, même si la vie, en fin de compte, prend toujours le dessus.

Alain Jean-André © Chroniques de La Luxiotte, 26 août 2001 / 2 décembre 2017.


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