De la peau jusqu'aux os

Jusqu'aux os, Claudine Galea, Ed. du Rouergue.

par Alain Jean-André

C'est une histoire d'amour, une histoire d'amour fou, banal, d'une fille de 15 ans -- différente d'Emmanuelle, sa copine, déjà femme, à 16 ans. Un premier amour, le grand amour pour Eric, un grand garçon venu passer comme elle un séjour linguistique à Gloucester pour améliorer son anglais.

« ...je suis amoureuse, mon dieu c'est cela, je suis amoureuse cette chose qui m'emplit, qui me soulève, qui gonfle mon corps, je pourrais immédiatement pleurer ou rire, je ne savais pas, je ne savais pas que c'était ça, oh mon dieu je ne savais pas... »

On passe d'une perception mièvre, naïve, somnambulique à des pages poétiques, des envolées. La phrase, par courts énoncés, coule, file, répète, essaie de saisir ce qui se passe, les confusions de cette fusion, à la fois tendre, ridicule et pathétique. On est dans la tête de cette adolescente, du côté de sa peau, de ses émois : une écriture en équilibre instable, fluide, heurtée, qui conte un amour de vacances.

Mais le récit passe de la peau jusqu'aux os. Dans la seconde partie, L'autre monde, avec une écriture qui retrouve majuscules, phrases, on entre dans une autre histoire, des complications, dans un drame. Après l'ascension, la chute. Au lecteur de suivre les pages de ce livre qui conduit au vertige. Une belle réussite pour un premier roman.

Alain Jean-André © Chroniques de La Luxiotte, 16 oct. 2003 / 6 juin 2017