Pésie verticale

Quinzième poésie verticale, Roberto Juarroz (poèmes traduits par Jacques Ancet), éditions José Corti

lecture par Isabelle Guigou

« Parlerait-il de choses très négatives, le poème est un acte de célébration, parce qu'il est le foyer d'intensité vitale et verbale, une sorte de petite fête dans le vide », écrit l'auteur dans Fragments verticaux. Voilà pour évoquer un aspect de Quinzième poésie verticale : notre vie nous est volée, l'homme ne parvient à porter son vrai visage :
« La fumée est notre image.
Nous sommes le reste de quelque chose qui se consume,
une évanescence difficilement visible
qui se désagrège dans cette hypothèse du temps
comme une promesse non tenue.
»
Pourtant la vie est là, dans le tâtonnement vers l'être. La vie qui résiste au néant par « la constante immicence de la chute», grâce aux noms qui «nous consolent peut-être de ce qui manque / au centre sans nom de toute chose.»

Les oppositions, que la poésie parvient à articuler, fondent en effet l'existence même « Comment tamiser la distance / entre nous et l'absence / pour trouver à la fin notre présence. » La lumière ne peut se passer de l'ombre et nous devons « obtenir», « creuser» notre « propre négatif » pour atteindre peut-être l'image qui est la nôtre.

L'écriture de Juarroz reflète l'importance du silence dans lequel les mots peuvent exister, polymorphes, polysémiques, mirant « l'ambiguïté de la vie» :
« ce feuillage entre-tissé
de paroles et de silence
cette forêt pleine aussi de musiques secrètes,
cette forêt que nous sommes
et où, parfois, chante aussi un oiseau.
»
Cette écriture interroge le lien des choses avec le « tout» (« Mais avec quoi communiquent / les fleurs qui s'ouvrent la nuit ?», le sacré, les traces sur lesquelles se posent nos pas ; elle se tient sur l'arête du vide qui est «blessure», sans la certitude de l'abolir. Elle permet l'expression d'une parole solitaire peut-être (les personnages des rêves auxquels l'auteur a voulu parler ne supportent pas le réel) qui se dirige néanmoins vers l'autre.

Ces textes comme des fragments de pensées, de monde, des fissures dans lesquelles notre oeil se glisse et questionne.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 10 décembre 2003)