Dépouillement
Le bol du pèlerin, Philippe Jaccottet, La Dogana
lecture par Isabelle Guigou
Chercher à éclaircir l'énigme de son émotion face aux toiles de Giorgio
Morandi, telle est la quête de Philippe Jaccottet dans
Le bol du pèlerin.
Les couleurs d' «
ivoire, et sable, et cendre. Peu avant que ne se lève le
jour », recouvrent le « f
ond noir » que l'on devine chez le
peintre puisque Léopardi et Pascal l'ont accompagné toute sa vie.
Des couleurs de désert, du presque rien, de l'essentiel. Ainsi des sujets
représentés : des paysages sans visages, des fleurs sans exubérance («
de
petits monuments », comme des roses des sables) des objets du quotidien
(cafetière, tasse, bouteille...) Nulle grandiloquence. L'oeuvre du peintre
progresse vers un dépouillement accru, vers la concentration : de la frise aux
objets au centre de la toile. Une lumière «
venue du fond de l'espace »,
que l'auteur rapproche de quelques vers de Dante extraits du Purgatoire, évince
peu à peu ces objets, devient elle-même objet de représentation. Non le vide
morbide mais une présence de lumière où effacement, silence portent la vie : «
on dirait (...) le foyer de toutes les paroles, ou leur bourgeon, prêt à une
fois de plus s'épanouir. » N'est-ce pas là, la poésie même de Philippe
Jaccottet, poésie du murmure, de l'effacement, à la langue sans parure,
vivante du tremblement du doute ?
Dans l'humilité de ce bol où infusent ensemble reprographies, voix du poète,
de poètes, une source.
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 14 avril 2004)
Liens :
Visiter le Musée Morandi à Bologne (Italie)
Lire une autre chronique au sujet de deux livres de Philippe Jaccottet