Marche vers la paix du soir
La douce aumône, Judith Chavanne, éditions Empreintes, 17.40 €.
lecture par Isabelle Guigou
Une marche vers la paix du soir, le don des arbres dont les branches
s'ouvrent comme des mains, généreuses, une marche vers la «
douce aumône »
des fleurs. Les émotions, les passions s'apaisent dans un rythme serein, dans
la lenteur, récurrente dans le recueil. La lumière du jour, alors que l'on
pressent la nuit tapie, là presque, la patience végétale guident celui qui
écoute, qui sait entendre des mots dans les bruissements feutrés des feuilles,
dans les couleurs des fleurs, des arbres.
L'homme est gardien, il veille «
ce qui ne parle », il reçoit ce
langage muet pour y puiser une «
chair (...)
nouvelle, intuitive »,
pour s'adosser à la verticalité des arbres, de la lumière (celle du soir, de
la chandelle) puisque «
la vie en nous, le voeu n'(a)
pas trouvé de
forme ». Une marche dans la paix du soir : une silhouette solitaire,
mendiante, passe comme un souffle... Vie impondérable («
Au poignet le
pouls n'est qu'une plume / -
la mort respire, nous effleure.
»).
Ce souffle, par le dénuement, la simplicité, la «
puissante pauvreté
de la terre» progresse vers le ralenti des phrases, la patience des mots
qui recommencent, nous recommencent à partir du silence : le dernier poème («
Nous
accompagnons nos vies désormais de plus de silence comme si par lui nous
devions recommencer ») fait écho au texte initial «
Puis, nous
recommençons. » où le «
puis » semble s'arc-bouter
au silence.
Si les «
paroles de feuilles » conduisent aux vers, la langue de
Judith Chavanne, par la beauté sobre des images («
les hommes paissent leur
sommeil plus noir que la terre »), sa syntaxe, nous conduisent au «
bleu
en paix »; il fait bon s'adosser au fûts verticaux de ses mots.
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 11 septembre 2004)