Dans une sorte d'apesanteur
La Bicyclette, Rosetta Loy, (traduction par Françoise Brun),
Liana Levi-Piccolo, 8 €
lecture d'Alain Jean-André
Avec
La Bicyclette, Rosetta Loy s'est imposée, en 1974, comme un écrivain
remarquable, dès son premier roman. La réédition en poche de la traduction
française de ce petit livre permet de retrouver ou de découvrir la
légèreté, la poésie, mais aussi l'humour de son écriture. Ce récit, aux
échos autobiographiques, raconte les années d'adolescence des enfants d'une
famille de la grande bourgeoisie italienne, principalement à Rome, dans les
années de la guerre et de l'après-guerre.
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Le thème dominant du roman est l'adolescence : l'ingénuité, la découverte
des autres, les premières amours, les premiers (petits) drames. Mais la vie de
ces filles et de ces garçons qui font leurs études, s'amusent, partent à
bicyclette dans la campagne, se déroule dans une sorte d'apesanteur, même si
Giovanni découvre avec horreur l'histoire des camps. Une phrase résume la
situation des adolescentes : «
Le passé avec ses journées de terreur les
a à peine frôlées, leur mémoire est courte, fermée sur des petits
événements.
»
Ces petits événements constituent la matière du livre, avec la succession
des saisons et l'éclosion des fleurs. Glycines, asters, ancolies, tubéreuses,
roses, etc, autant de titres pour les chapitres. Les phrases de Rosetta Loy sont
des pétales, légères, parfumées. Elles mêlent avec précision des détails
infimes, des attitudes, des reparties, des réflexions de la vie d'une maison ;
elles restituent l'atmosphère d'une famille riche de l'époque, malgré la
disette, ce qui donne des scènes qui baignent dans une lumière sépia.
Natalia Ginzburg précise au sujet de ce livre : «
L'adolescence est
chez les personnages de ce roman une condition humaine indépassable, et le
noyau familial une enveloppe protectrice qui maintient serrés les liens d'une
tranquillité opiniâtre où tout est tamisé, apprivoisé et rendu inoffensif.
» Le paradoxe de ce livre tient à l'opposition entre le rythme rapide du
temps qui passe et l'atmosphère stable, fermée du cocon familial. Dans ses pages apparaît, sans jugement ni
commentaire, «
l'inconsistance d'une classe sociale et d'une génération,
nourrie de privilèges et de privations, animée uniquement par un avide et
fragile désir de vivre.»
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 31 aoüt 2004)
Lien :
Lire la chronique sur La Porte de l'eau