L'Art et le Néant
Architecte des glaces, Marc Petit, Folio, 3 €.
lecture d'Alain Jean-André
Un jour de décembre 1942, Yaakov Lévinsky, à la lueur de sa dernière
chandelle, retrace les événements de sa vie. Lui, auquel son père avait
annoncé : «
Tu es un artiste » est devenu un architecte des glaces. En
Russie, en Europe, en Amérique, il a construit, avec ce matériau précaire,
des palais transparents toujours plus hauts et compliqués. Mais ces constructions
éphémères, qui déploient une énorme quantité de moyens et d'énergie, sont
toujours vouées au néant.
Avec ce court roman, le lecteur est transporté au rythme accéléré des
voyages extraordinaires, des réalisations utopiques de Jules Verne, des courses
à rebondissements des romans feuilletons de cette époque. Cette folie des
palais de glace, qui a réellement existé à cette époque, de la Russie fin de
siècle aux événements théâtraux du nazisme, des actions de «
dada
» au débuts d'Hollywood, trouve chaque fois des justifications différentes.
Mais pour Yaakov Lévinsky, qui a retenu de son père : «
Tu ne feras pas
d'image », l'art ne doit pas représenter. C'est pourquoi, «
l'œuvre
parfaite est celle qui ne laisse aucune trace d'elle-même. »
On le voit, ce roman qui adopte le ton du feuilleton exprime aussi une sorte
de «
morale ». On retrouve dans ce livre ce qui fait la saveur
exceptionnelle des nouvelles de Marc Petit, à mi chemin du récit et du conte,
avec l'utilisation d'éléments historiques. Cette «
autobiographie fictive
» indique que l'art est toujours voué au néant ; elle laisse peut-être même
entendre que, ce qui peut permettre
d'échapper à cette disparition, c'est l'écriture, les livres hantés par
l'exemple du grand Livre.
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 1 aoüt 2004)
Liens :
Lire la chronique sur La Compagnie des Indes
Lire la page consacrée à Marc Petit sur ce site