La peinture de Vincent Bioulès

Vincent Bioulès, la peinture réconciliée, revue lisières n° 19, 9 €

par Alain Jean-André

L'évolution de Vincent Bioulès offre – en apparence – un bel exemple de retournement. De 1969 à 1972, il a participé à Supports-Surfaces, un groupe d'art non-figuratif qui s'est constitué vers la fin des années 60. C'est lui qui trouve pour une exposition de l'Arc à Paris, en septembre 1970, un titre qui deviendra ensuite celui de ce groupe éphémère. Très vite, il délaisse l'abstraction, l'insistance sur les moyens de la peinture, pour « retrouver » la tradition et « revenir » à la figuration. Un phénomène qui est loin d'être isolé (Jean Hélion avait suivi un tel parcours, de nombreux peintres de cette époque également). En fait, à côté de sa pratique abstraite et des activités de la revue Peinture, cahiers théoriques, ses carnets de dessins témoignent d'un constant travail sur le motif. En 1975, il réalise une série de tableaux qui représentent une place avec une fontaine à Aix-en-Provence. Le virage est définitivement pris.

Le mérite de la revue lisières, c'est de donner, dans un élégant petit livre au format de poche, quelques pistes pour suivre l'évolution du peintre. Le volume contient un entretien qui fournit des informations précieuses à son sujet : le rôle de la musique dans sa vie, l'insistance sur « la trace ineffaçable du désir » que la peinture porte en elle, la situation historique de ce médium. Une citation pour donner une idée de la tonalité des réponses : « Les peintres peuvent dire : on ne peut plus peindre, c'est fini. Je crois au contraire qu'il faut, avec les moyens de la peinture, réinvestir, reprendre en main toute la vie que nous avons lâchement abandonnée aux autres ». On le voit, tout un programme.

Ce petit livre comporte la reproduction d'une vingtaine d'œuvres (toiles, aquarelles, fusains sur toile ou sur papier) de motifs très différents (en couleur ou noir et blanc) et deux photographies d'atelier. Un texte de Laurent Brunet rappelle combien « les sujets de l'œuvre matissienne éveillent l'intérêt de Vincent Bioulès » ; il précise également combien « les enjeux et le statut de la peinture sont très éloignés d'une époque à l'autre ». On aurait aimé d'autres participations qui auraient élargi cette problématique. Reste un petit ouvrage agréable à consulter, riche d'informations et de réflexions, pour reconsidérer ou découvrir le travail d'un peintre qui a revisité des sujets traditionnels (le paysage, l'intérieur, le nu) d'une manière très contemporaine.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 28 janvier 2005)


La revue lisières, revue d'art(s) contemporain(s), traite des arts plastiques, mais aussi de la danse, du cinéma, de la musique et de la littérature. (Revue Lisières, éditée par Laurent Brunet 13 Hent Pen Duick 29930 Pont-Aven )

Liens :
       Lire un entretien avec Laurent Brunet, éditeur de Lisières
       Le site de la revue lisières
       Un dossier pédagogique sur Vincent Bioulès