Un singulier récit

Le nom, Jean-Jacques Nuel, A Contrario, 16 €

lecture d'Alain Jean-André

Ecrire un roman à partir d'un nom, un nom propre qui devient un nom commun. Telle est la gageure relevée par Jean-Jacques Nuel dans un livre qui dit autant l'impuissance que la jouissance d'écrire. Mais l'ironie de l'auteur donne à son ouvrage la saveur d'un conte ou d'une fable peu banale. <

Car Le Nom n'est pas un roman courant. On n'y trouve pas une intrigue qui impliquerait plusieurs personnages. Le livre a pour thème le fantasme d'un écrivain qui veut dépasser les « départs de textes ». En utilisant une astuce assez simple, le personnage principal trouve un moyen de mener à bien son projet en quelques jours. Dépassée, l'angoisse de la page blanche !

On suit de jour en jour la progression de son travail. Une progression qui permet bien des digressions, des réflexions sur l'écriture, les rêves de l'écrivain, son travail méthodique. Les phrases claires, limpides de Jean-Jacques Nuel donnent une vision hyperréaliste de l'activité de ce tâcheron. Mais l'épilogue du récit, qui le sort de son appartement et le fait entrer dans un cimetière, conduit à une ouverture qui ramène peut-être au « point de départ ».

On sent dans ce livre combien l'auteur a joué avec lui-même, avec sa vie, ses manies, ses réussites et ses échecs. Mais on est loin de l'autobiographie, de confidences, d'impudeurs. A moins d'y voir quelques confidences lavées jusqu'à l'os, dans lesquelles se dessinerait en filigrane une sorte de destin. Mais qu'importe ! Ce roman fait d'humour, d'ironie, de tendresse, se lit d'une seule traite.

© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 6 mars 2005)