Un bref récit qui touche au but
Pris au piège, Yves Ravey, Editions de Minuit, 10 €
lecture d'Alain Jean-André
Ce nouveau roman d'Yves Ravey se lit d'une traite. Pas uniquement parce qu'il
est court ; plutôt par la manière dont il reprend un thème traditionnel qu'il
mène crescendo jusqu'au coup de théâtre final. Au récit principal, qui donne
le premier rôle à des personnages types (le mari jaloux, la femme coquette,
l'enfant innocent), se mêle une histoire d'escroquerie dans un quartier
populaire.
Les premiers éléments se mettent en place d'une manière un peu
artificielle ; mais très vite la force du roman opère. Le lecteur averti
reconnaît des allusions au roman
Le Rouge et le Noir ; avec le prénom
de madame Domenico, Angèle, il pense aussitôt à une pièce de Marcel Pagnol
(d'après Jean Giono).
Cette impression se confirme avec la longue scène de jalousie de monsieur
Domenico.
On serait dans le pur vaudeville sans un aspect important du récit.
L'histoire est vue par les yeux d'un petit garçon auquel madame
Domenico donne des cours. De manière imprévue, il se trouve pris au piège
dans le grenier de sa maison. Ses yeux innocents découvrent, sans le vouloir,
la réponse inattendue à une énigme. Du coup, le roman entre dans un autre
registre.
Une nouvelle fois, on mesure combien Yves Ravey sait mener de main de maître
un bref récit. Avec des phrases courtes, des allusions, des ellipses, il vise
au but en mêlant habilement des procédés venus du théâtre et d'autres du
roman. Au final, cela donne un livre d'une grande sobriété qui s'inscrit dans
une grande tradition.
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 20 février 2005)