Un mot qui manque
Chemins de ronde, Jean-Claude Walter, Arfuyen, 13 €.
lecture d'Alain Jean-André
Dans ce recueil poétique, on retrouve les thèmes et la voix des livres
précédents, en particulier
Les étincelles noires, un récit plein des
résonances de l'enfance. Mais les poèmes de
Chemins de ronde ne
composent-ils pas aussi un «
testament » ? Le second texte porte ce
titre, on peut y lire : «
Ecrire comme si c'était la dernière ligne :
ultime clarté de notre cœur encore vif, dépouillé, attentif. »
Une phrase programme en somme, avec le mot « cœur » qui sonne à
l'ancienne.
Echos de la vie quotidienne, évocation de l'absence du père (associé à
l'ombre), de la moiteur de la «
mère Univers » , souvenirs de
voyages, regrets, remarques au sujet de l'écriture, autant de thèmes qui se
répètent et s'entrecroisent. Comme si l'approche répétée des mots, dès dix
heures du matin, était le seul moyen de «
l'emporter sur la tyrannie
du Temps ». Comme si tous les voyages avaient été sans conséquence.
Dans ces poèmes, aucune extase, aucune épiphanie ; plutôt l'inverse : une
mélancolie ébranlée par la vigueur de la phrase, colorée par un humour pince
sans rire.
Qu'on ne s'y trompe pas. L'intérêt de ce recueil ne réside pas dans les
confidences, les révélations, la complaisance à son sujet. Elle tient à une
manière de dire : élégante et bourrue, banale et pathétique. Certains
poèmes discrets semblent indiquer une direction ; je relève : «
Il y a
toujours un mot qui manque – le premier – sans lequel rien ne se peut… Qui
nous prend ou nous délaisse, nous pousse en nos profondeurs, nous laisse groggy
– étrangement légers, mais lestés de tout ce qui est en nous… »
Entre le constat du manque et le tempo de la phrase, on sent que quelque chose
se joue.
Dans certains poèmes, ceux des mots qui se dérobent, des phrases
syncopées, le poète se révèle peut-être le mieux. Non dans les mots
eux-mêmes, mais dans ce qu'ils laissent entendre. Une phrase de la dernière
partie du livre éclaire à ce sujet : «
N'ai-je pas promis, à chaque mot
que je découvre, de me cacher dans ce que je dis ? » On le voit,
peut-être ne faut-il pas prendre au mot les poèmes de Jean-Claude Walter, mais
plutôt suivre les mouvements de la phrase. Et l'on se demande alors si un
poème comme «
Tour de la terre », récit d'une grande sobriété,
ne livre pas un aspect important de son art poétique.
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 13 janvier 2005)