lectures de Jean-Claude Walter
Les hasards du calendrier éditorial m'ont ouvert à plusieurs livres, qui proposent chacun une méditation sur la vieillesse, ou comment tenter un bilan à l'approche de la fin. Je laisserai de côté La Bête qui meurt, le roman de Philip Roth, récemment traduit en collection de poche. Il témoigne, par sa belle maîtrise, de l'imaginaire et du grand talent de l'écrivain américain.
Si l'on s'aventure du côté de la poésie, je rappelle que le Suédois Pär Lagerkvist nous invite à entrer en son étrange et à la fois familier Pays du soir, grâce à la traduction de Gunilla de Ribaucourt. Livre témoin. Livre bilan. Quête sans cesse poursuivie, à travers cette « chanson qui transfigure tout » et nous laisse juge, en fin d'interrogations, de notre « énigme »… Une vieillesse qui avance du même pas que cette sérénité obtenue à force d'interroger le ciel, le vent, et ce chemin qui nous est commun « vers un but inconnu ».
L'admirable chant que signe Jean Mambrino avec L'Abîme blanc nous entraîne en des terres analogues, où le regard d'un vieil homme - bonjour M. Hemingway - ne cesse de scruter les moindres frémissements de cette vie encore offerte. Un long poème de 70 pages, dont chaque laisse se lit tel un examen de conscience vers la clarté, la lucidité, la gouvernance de soi, au moment où l'obscurité va faire place à cette blancheur d'une aube sans fin. D'une page à l'autre, le lecteur est pris par ce doux phrasé, murmure d'une langue à son apogée - musicale, aérienne, envoûtante - tel un leitmotiv grâce auquel nous passons en revue l'univers et notre existence, l'enfance aussi bien que la maturité, avant que le blanc de l'abîme ne nous accueille en son sein…
« tu as découvert en chemin que l'éphémère est le plus sûr,(…)Ainsi nous guident et nous accompagnent Pär Lagerkvist et Jean Mambrino, purs poètes qui jamais ne se contentent de l'agencement des mots à travers l'écriture, mais s'avancent en leurs livres tels des maîtres de vie et de pensée.
que le passage était ta demeure, semblable au vol de
l'oiseau-migrateur qui habite la piste du vent, et le
dépassement
ton seul désir »
« Peut-être suis-je transparent et déjà seul, mais je l'ignore. En
tout cas, l'unique
sagesse est à présent l'oubli. »
© Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 27 mai 2006)