Gregory Corso, dernier voyage

Sentiments élégiaques américains, Gregory Corso, Christian Bourgois.

par Alain Jean-André

Gregory Corso, poète de la Beat Generation, a écrit : « Je déteste les vieux poètes ». Il est portant mort, lui aussi, un jour de janvier 2001, à l'âge de soixante-dix ans, rattrapé, comme beaucoup d'autres, par la grande faucheuse. Né à Greenwich Village -- sa mère avait seize ans, son père dix-sept --, il fut abandonné à un an (sa mère retourna en Italie), connut quatre familles d'accueil et des orphelinats.

Adolescent, il commet plusieurs vols : maison de redressement, prison. C'est là, entre les barreaux, qu'il commence à lire les classiques et à écrire. Ensuite, petits boulots -- dans la tradition américaine. Il rencontre Allen Ginsberg dans un bar new-yorkais, puis Jack Kerouac. « Je leur montrai mes poèmes écrits en prison, ils me montrèrent les leurs, écrits à l'Université Columbia. Entente immédiate », écrit-il.

Ces poèmes, qui viennent de différents recueils (Gasoline, The Happy Birthday of Death, Long Live Man, Elegiac Feelings American), publiés par City Lights à San Francisco, le rendirent célèbre dans les années 50 et 60. C'est un poète plus concis que les autres beat, attaché aux petites choses de la vie, exprimant avec candeur ses sentiments, son désir de liberté. On peut le lire en français dans une traduction de Pierre Joris. Les années du vieux XXe siècle nous ont laissé quelques braises.

De la mort

La Mort n’est pas une photographie
Ni une marque brûlante sur les yeux
Tout ce que je vois est la Mort
Ni le Faucheur Cruel au sablier –
Egratignure ni tête de mort et os en croix
Ni papillon-taureau

Ne donnez pas à la Mort un nom moindre
J’ai connu des hommes morts qui l’ont ainsi amoindrie
Un hurlement entêté est une triste erreur
Et valeur ressuscitée ne sera plus valeur (…).

(lire la suite sur Poésie, muzic, etc)

Alain Jean-André © Choniques de La Luxiotte, 29 juin 2002 / 5 mars.2017.