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Alex Abouladzé :
La même histoire
Il n'y a pas de
mot pour dire
la clameur qui remonte des ports et des chantiers
et des cités du monde partout dans la nuit blanche
la clameur
lancinante qui remonte du silence
pas de mot pour la dire
Et pas de mot
encore pour dire
l'histoire sans fin de tous les jours
de toutes les nuits
à regarder venir ce qui ne vient jamais
qu'à la fin de l'histoire et l'histoire est sans fin
et l'histoire
est sans fin
Oui c'est
toujours recommencer cette route au hasard
un café le matin la caillure des machines
passer et repasser de ces mots mêmes mots
sur la meule des heures et plus tard dans sa vie
tout au bout s'endormir
comme une bête immobile et qui rêve en dormant
toujours
oui c'est recommencer
Mais c'est
toujours la même histoire
qu'on raconte pourtant qu'on écrit sur les murs
et le sable dans la poussière des vitres
aussitôt effacée recommencée déjà on peut
lire
on peut voir
la question redoutable des hommes sans sommeil
la question sur la suite impossible des jours
oui
c'est toujours la même histoire
La même
histoire de houle sur les gouffres
quand le mot ne vaut plus qu'écrit avec son sang
même histoire est se taire
la gueule vitriolée pour toute l'absurdité
Et qu'est-ce
que je fais là
penché sur ce papier
penché sur les lambeaux d'un grand verbe éclaté
penché jusqu'à tomber jusqu'à
mais qu'est-ce
que je fais là
[suite]
L'espace
vide © Editions Saint-Germain-des-Prés,1977.
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