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Keith Barnes :
Lettre de la saison des pluies
Le froid s'est accentué le ciel est gris et les vents forts Les montagnes se sont obscurcies et rapprochées - elles ont osé : le soleil ne les regardait pas - Les arbres et les buissons ont continué à s'agiter et à se battre à rouler à tanguer les uns contre les autres se mêlant se déchirant Je te jette contre la porte je te crie de fermer le verrou rouillé qui crisse dans la serrure Debout à la fenêtre je regardais les éclairs effectuer leurs ravages autour du ciel ouvert au-dessus de la mer les côtes assaillies d'une mousse blanche comme une frondaison Nous nous étions disputés en faisant du feu Quelle garce tu étais tu ne voulais pas faire l'amour et pourtant tu te promenais nue avec tes hauts talons oisive une vraie garce tu ne voulais rien faire tu restais couchée sans partir sans aider sans apaiser Les éclairs de néon faisaient disparaître la flamme jaune dans le verre effilé de la lampe à pétrole Nous avions essayé de faire du feu nous étions disputés Sur la droite le ciel était bleu vif comme celui d'un maître ancien à gauche une toile d'araignée de brume brune et grise s'avançait sur terre et ciel rendus inséparables La ligne de la côte s'estompait Des taches sombres s'étendaient comme sur un buvard sur les pierres blanches et sèches devant notre fenêtre Je tirai les volets " Combien de temps cela va-t-il durer ? " Nous ne nous étions jamais posé la question ouvertement Dehors le vent soufflait déchirait les feuilles Nous avions cette pensée chacun de notre côté étions fatigués évitions d'en parler La pluie nous écrasait éclatait sur nos murs Pourtant nous nous aimions mais nous nous haïssions Des milliers de petits clous de pluie martelaient notre toit De la haine et d'abord pour nous-mêmes sans chercher à comprendre ce qui nous paraissait étrange en nous ou dans la vie de l'autre " Quand donc t'en iras-tu ? " Tu ne voulais pas répondre J'aurais pu te tuer ce jour-là Je t'ai secouée " Alors travaille feignante fais quelque chose - quelque chose - - Bon d'accord - reste - mais on n'est plus amis - même plus amis " et puis tout à coup ma colère m'a quitté elle s'en est allée dans les chevrons de cette chambre si fruste tu t'es jetée sur notre pauvre lit dur triste me donnant le calme du vin qui a longuement fermenté et fait ses preuves dans l'ivresse de cette liberté insensée désespérée qui vient de l'inanité d'être seul…. Les grands arbres cinglent à nouveau les étoiles deviennent froides Je t'imagine j'entends tes talons claquer derrière moi mais ce n'est que le tic-tac de l'horloge rien d'autre je reste à cette table enraciné tandis qu'éclate le ciel et que la pluie s'abat tatouant le toit et sonnant la retraite (traduction :
Jacqueline Starer) Lire la version originale en anglais du poème sur le site Keith Barnes © 2002 Les oeuvres
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