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Olivier Bleys : Voyage en Asie du sud-est (3)

Jian-Shui, Chine, le 19 janvier 2002,

A la fin de mon dernier message, je vous annonçais être sur le point de relever un petit défi sportif : gravir un sommet pré-himalayen, culminant à 4100 mètres d'altitude au-dessus de Dali, ville du nord de la Chine. Hélas ! C'était sans compter avec le paradoxe chinois : être le peuple de la Terre le plus organisé et néanmoins le moins prévoyant. Ce que notre guide local n'avait pas prévu, c'était la neige... La neige qui, pour commencer, s'opposa à la progression du minibus qui devait nous conduire à pied d'œuvre, au départ du sentier : malgré les pierres et les branches d'arbres glissées sous les roues, malgré l'effort conjugué de cinq gaillards poussant le véhicule, il n'a pas franchi le cinquième tournant - d'où une heure et demie de marche supplémentaire, s'ajoutant à un programme déjà chargé. Ce fut ensuite le tour des randonneurs d'éprouver les rigueurs de l'élément glacé. Suivant les traces d'autres courageux, puis frayant notre propre chemin, nous avons avancé tant bien que mal jusqu'a midi... puis renonce à 3200 mètres d'altitude, dans un abri de béton dressé au bord du chemin. 

Notre équipement, il faut l'écrire, laissait à désirer : faute de gants, Olivier portait des chaussettes aux mains ; faute de lunettes de soleil, Daniel rabattait sur ses yeux la visière de sa casquette et marchait en aveugle ; quant à notre guide, c'est en mocassins de ville qu'il avait entamé l'ascension (mais lui, forte nature, ne s'en plaignait pas : il chantait à pleins poumons les airs montagnards que Gao Xiyang a transcrits dans " la montagne de l'âme " et nous aurait volontiers conduits jusqu'au sommet, si nous n'avions baissé la garde). 

Le chemin du retour fut assez aventureux, nous avons dévalé les pentes enneigées en nous accrochant aux branches et aux bambous - un raccourci suggéré par notre guide... - avant de rejoindre " La route des nuages ", superbe voie dallée à flanc de falaise conduisant à un temple. En fin de journée, nous avons noblement boudé le téléphérique qui s'est offert à nos mollets tendus et sommes descendus à pied jusque dans la vallée. Un échec peut-être, mais valeureux ! La dimension héroïque de cette randonnée n'a d'ailleurs échappé à aucun de nous, surtout pas à Olivier qui n'a cessé, dès le début de la marche, de rappeler les souffrances endurées par Maurice Herzog et ses compagnons lors de l'ascension de l'Annapurna !

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