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Olivier Bleys : Voyage en Asie du sud-est (4) Jian-Shui, Chine, le 19 janvier 2002, Dali est une ville à touristes, la première " Scenic Spot " (entendez par là : endroit incontournable où le gouvernement chinois essaye d'attirer les voyageurs) de notre itinéraire. On y trouve un très bel artisanat mêlant objets tibétains (trompettes en cuivre, colliers de turquoise...) et bibelots chinois (les sempiternels crapauds et poissons porte-chance). L'étranger ayant le mal du pays peut s'y restaurer de pancakes ou de barres chocolatées ou, pour 2 francs, se replonger dans l'atmosphère des colonies en confiant ses chaussures crottées à un cireur très actif. Trois pagodes accrochent le soleil dès l'aube (le prix du ticket d'entrée a bondi spectaculairement de 10 à 32 francs quand le gardien s'est avisé du pouvoir d'achat des visiteurs étrangers) ; autre curiosité : en contrebas de la ville, par-delà des rizières où il est aisé de se perdre à vélo, un lac aux berges non aménagées, d'une eau très pure. Les pêcheurs y démontrent leur habileté à lancer le filet ou à faire régurgiter au cormoran le poisson que cet oiseau serviable chasse pour eux. La vie est douce à Dali, le marbre abondant (au point qu'on y taille des tables de ping-pong) et l'étranger volontiers routard. Trop de Français croisés dans les rues, trop de Chinois parlant anglais - même la loueuse de vélos ! - : nous ne nous sommes pas attardés. Li-Jiang, au nord de Dali, s'est avéré pis : si la " montagne de jade " qui domine la ville mérite qu'on braque dessus son objectif (mais peut-être pas qu'on emprunte le téléphérique qui rend inutile l'effort sur ses pentes), si le parc municipal a tournure de carte postale, le reste n'est un agglomérat de commerces, chers pour la plupart. L'une des premières boutiques où nous sommes entrés proposait une paire d'antiquités - des vases Ming - au prix de 48 000 francs. C'est le prix, allez-vous répondre ; peut-être, mais cela n'en tranche pas moins sur le niveau de vie local, et sur le pouvoir d'achat des Chinois. Nous avons souvent déjeuné pour 5 francs chacun, une jolie bague incrustée d'émaux et de turquoise m'en a coûté dix... alors 48000 francs ! L'un des caractères de la Chine est d'ignorer le moyen terme (curieux pour " L'empire du milieu ") : pas de classe moyenne mais des très riches et des très modestes ; pas de petites villes s'ouvrant aux étrangers tout en conservant une vie locale, mais des " Scenic spots " entièrement dédiés au tourisme et des cités où on les montre du doigt, comme on désignait autrefois Marco Polo. Notre voyage en Chine est une respiration entre le très étranger et le très familier - une constante pourtant : nous sommes parmi les seuls étrangers à nous asseoir dans les gargotes où l'on dîne de chien bouilli (ou, récemment apparus sur les menus : d'abeilles, de sauterelles, de saucisson sucré, de vin rance, d'alcool de serpent - ce dernier, testé, nous a déçus… arrière-goût de bête morte), nous sommes parmi les seuls à choisir le train-couchette pour couvrir les distances que d'autres franchissent en avion ! Dali et Li-Jiang, respectivement à 1900 et 2400 mètres, étaient les étapes les plus septentrionales et les plus froides de notre parcours. C'étaient aussi les seules où les chambres occupées n'étaient pas chauffées (température relevée au coucher : 9 degrés !) mais disposaient de couvertures chauffantes électriques - et parfois éclairantes, puisqu'elles faisaient des étincelles au contact de nos vêtements synthétiques. Ce froid nous rappelait trop l'hiver français. Nous avons donc choisi, pour la suite du parcours, une ville très méridionale, proche du Vietnam, et aussi un hôtel beaucoup plus confortable. Depuis hier soir, nous logeons dans un véritable palais chinois, constitué d'une multitude de petits pavillons alternant avec des cours à bonzaïs. Partout, des meubles de style ancien, de jeunes beautés en habits de soie, de la laque, de l'or, de l'ivoire - et derechef, de grosses voitures à vitres fumées... Cette ancienne demeure d'une opulente famille de négociants, enrichis par le commerce de l'opium dès le dix-septième siècle, est un paradis coûteux qu'il nous faudra quitter bien vite. Mais quel délassement, après quinze heures d'autobus !!! [précédente] [suite] © 2003 Les oeuvres
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