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Olivier Bleys : Voyage en Asie du sud-est (5)

Mengla, Chine, le 24 janvier 2002,

Il semble que décidément mon expérience de l'Internet asiatique soit frappée de malédiction : je venais d'écrire un assez long message, spécialement soigné, et m'apprêtais à vous l'adresser quand une coupure de courant très intempestive - due, semble-t-il, à la foudre tombée sur l'immeuble du cybercafé - a réduit à néant deux heures de travail ! Certes, l'épistolier du temps jadis, avec son parchemin et sa plume, n'avait pas à craindre semblable mésaventure...

Plutôt que de reprendre le plan choisi pour mon premier essai, je rebondirai sur cet incident fâcheux en évoquant le changement de climat que nous constatons depuis quelques jours, ayant atteint la pointe méridionale de la Chine. Dans nos précédents messages, nous avons appuyé à dessein - peut-être celui de vous faire saliver - sur le ciel uniment bleu qui faisait le fond de nos aventures chinoises. Mais, dès Jihong (notre première étape sous les tropiques), le paysage a commencé de s'embrumer : l'haleine conjuguée de millions d'arbres (Jihong se trouve au cœur du Chichuanbana, une réserve forestière chinoise) tissait chaque matin d'épais rideaux d'humidité qui ne se dissipaient qu'en fin de matinée. Nous quittions l'hôtel en imperméable et, quelques heures après, regrettions d'avoir même un T-shirt sur les épaules tant le soleil était ardent et chaud ! Ici, à Mengla (quatre heures de minibus mais seulement cent kilomètres plus au sud), ce sont des nuages épais qui flottent sur les collines couvertes de jungle et rincent périodiquement la forêt pluviale. Une odeur de serre flotte dans l'air. Comment imaginer qu'il y a cinq jours à peine, nous grelottions sous des couvertures chauffantes et pataugions dans la neige ?

La nature dans ce recoin de Chine est assez riche et assez variée pour réjouir un visiteur plus terre à terre. Une excursion à vélo, paradisiaque, nous l'a confirmé : il fait bon vivre quand les bananes (et les ananas, et les oranges, et les noix de coco, et d'autres fruits sans nom) poussent à portée de main, quand un passeur plus mince que sa pirogue vous prend à son bord pour franchir un bras du boueux Mékong ou quand de jeunes ramasseuses de tomates, parce qu'on s'intéresse à leur rutilante marchandise, préfèrent vous l'offrir que vous la vendre. Voici un conseil pour de prochains voyageurs : prenez le temps ! Descendez de train, d'autobus et de vélo ; beaucoup de choses se révèlent à hauteur d'homme et à vitesse d'escargot. Nous l'avons vérifié ce matin même, après notre vertigineuse aventure dans la canopée. Choisissant de marcher plutôt que de reprendre l'autobus, nous avons découvert la région sous un angle tout à fait différent. Une rencontre aussi ordinaire que celle d'un troupeau de buffles sur la piste (des bœufs aux cornes en demi-lune, donc pointées vers l'arrière) ou d'un paysan marchant voûté sous sa hotte de maïs, ou d'un fonctionnaire local insistant pour nous reconduire à bord de son véhicule tout-terrain, suffit à remplir une journée.

Demain matin, c'est un autre pays - le Laos - dont nous allons franchir la frontière. Comme déjà indiqué dans un précédent mail, les cybercafés y semblent aussi rares que les routes, les hôtels et les véhicules motorisés ! Cependant, les guides touristiques sur la Chine que nous avons compulsés (le plus ancien datait de deux ans) ne mentionnaient aucun service Internet dans de petites villes qui aujourd'hui en débordent. Donc... gardons espoir !

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