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Olivier Bleys : Voyage en Asie du sud-est (6) Luang Prabang, Laos, le 31 janvier 2002 Franchir la frontière de la Chine au Laos (dans un paysage de forêt paisible, face à des fonctionnaires aimables et presque souriants...) a signifié davantage pour nous que prendre l'avion de Paris à Hong Kong. Ce n'est pas exagéré. Il est remarquable qu'un trait porté sur la carte de manière sans doute arbitraire différencie tellement les populations, les mœurs, les comportements des contrées qu'il sépare... Un exemple ? En Chine, il nous était difficile de converser en anglais ; au Laos, c'est par un " Bonjour " français et parfaitement timbré qu'on nous a accueillis ! Certes, c'était là une heureuse exception. Si le pays au million d'éléphants (telle serait la signification du terme " Laos " ; pour notre part, et malgré de longues expéditions forestières, nous n'en avons pas aperçu un seul ! Pas plus que des tigres, des singes et des pandas - au grand désespoir de Laetitia qui porte une affection spéciale à cet animal et me trouve une ressemblance avec lui !), si donc le Laos a connu jadis l'influence de notre pays, ce sont des temps bien révolus... Certes, on continue de servir des " baguettes " plutôt que des sandwichs dans les cafés (au choix : garnis de lait concentré sucré ou de fromage " La Vache Qui Rit ") ; certes, les archives de l'ancien roi du Laos sont dans la langue de Voltaire ; certes encore, quelques enseignes de restaurants (avec menus en français mais serveurs plutôt imprégnés de culture californienne), quelques panneaux routiers s'inspirent des nôtres; certes enfin, le français est toujours la deuxième langue officielle - mais pour le reste, le français, les Laotiens n'en ont que faire ! Nous ne voudrions pas brandir ici, fort mal à propos, le drapeau tricolore Mais c'est un spectacle assez navrant, pour des hexagonaux en voyage, que de voir les vestiges de notre culture s'effriter encore plus vite que les temples dévorés par la jungle ! Par ailleurs, nous n'avons jamais rencontré une telle concentration de touristes anglophones qu'au Laos ; à croire que ce pays, comme l'Inde, jouit d'un relief exceptionnel sur l'ancienne carte des colonies de sa Majesté britannique ? Un petit mystère, tout de même... Bon, trêve de cocarderies. Il faut vous révéler que les Laotiens sont les êtres les plus sereins, les plus calmes, les plus charmants de la Terre. Auprès d'eux, les Chinois apparaissent comme des rustres - et que dire de nous ! Les deux premiers jours, le flegme laotien a fait tellement impression sur nous que nous l'avons attribué à la consommation d'opium, une des plaies de ce pays - d'où, en effet, pouvaient provenir ce sourire perpétuel, ce pas traînant, ces yeux toujours mi-clos, sinon de paradis artificiels ? Or, non... L'Eden est bien réel, et a pour nom : Luang Prabang Luang-Prabang, ce sont des temples flambant neufs (car fréquemment restaurés depuis que la ville est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco) assoupis entre les vieilles demeures coloniales, des allées de palmiers le long du Mékong, des échoppes chatoyant de draperies de soie multicolore... Ici ou là, de jeunes bonzes en robe safran apprennent l'art ancestral de la sculpture sur bois pour entretenir ces merveilles. Seule ombre au tableau : la beauté de Luang-Prabang est connue, exploitée et même surexploitée ! Nos amis Pierre et Marta (nos salutations à ces nobles devanciers, nous boirons le thé au gingembre à leur santé - de leur côté, qu'ils pensent à nous en dégustant une belle tranche de Beaufort !), nos amis donc sont passés par là voici deux ans, et ont découvert une cité sans doute déjà ouverte, mais encore préservée. Aujourd'hui, c'est plus d'une centaine de " guest-houses " qui ont poussé partout dans la ville, encombrant les rues de leurs enseignes lumineuses, de leurs réclames plus ou moins tapageuses... Des restaurants, des salons de massage, des boutiques de souvenirs les accompagnent, qui menacent de faire de ce joyau un nouveau " Luna-Park " comme Dali en Chine ou Saint-Tropez chez nous. J'envie les voyageurs du siècle dernier qui ont pu découvrir Luang Prabang dans une quasi virginité ! Quel privilège inouï ! Pierre Loti disait : " La Terre sera bien ennuyeuse à habiter, quand on l'aura rendu pareille d'un bout à l'autre et qu'on ne pourra même plus essayer de voyager pour s'amuser un peu ". Ses craintes étaient peut-être justifiées ! Nous avions le projet de descendre le Mékong jusqu'à Ventiane mais les eaux, en ce milieu de saison sèche, sont trop basses. Il nous faudra donc endurer derechef une dizaine d'heures d'autobus pour rallier la capitale laotienne et de là, passer en Thaïlande. Nous avons d'ores et déjà repéré une petite île au large des côtes thaïlandaises, près de la frontière cambodgienne, qui présente tous les caractères du paradis terrestre. De quoi guérir nos lombaires de tant de routes calamiteuses... [précédente] [suivante] © 2003 Les oeuvres
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