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Olivier Bleys : Voyage en Asie du sud-est (9) Siem Reap, Cambodge, le 28 février 2002, C'est un exercice difficile entre tous que de relater à quinze jours et 300 kilomètres de distance notre séjour sur l'île de Koh Chang. Nous avons quitté la Thaïlande pour le Cambodge, les plages nonchalantes pour les temples en pleine jungle... il nous faut faire un effort de mémoire, et presque d'imagination ! Ces deux semaines au large des côtes thaïlandaises (à qui, fièrement, nous tournions le dos, préférant l'horizon ultramarin du Golfe de Siam) ont été sans conteste les plus délassantes et les plus paresseuses - deux termes presque synonymes - de notre voyage. S’éveiller au son des vagues, humer l'air tiède filtré par notre moustiquaire (ses ondulations évoquaient celles d'une voile de catamaran), siroter des yoghourts liquides (assez médiocres, hélas !), enfiler nos maillots de bain qui n'étaient pas encore secs du dernier plongeon, se faire dorer comme des petits pains... Voila quel a été notre programme des premiers jours. Nous en rougissons presque ! Mais le paradis est fade à la longue, et bientôt nous avons cherche d'autres activités. Laetitia a décroché un diplôme de plongée qui lui permettra désormais de tutoyer les langoustes sur tous les rivages du monde ; quant à Olivier, il a vaillamment enfourché une moto - c'était la première fois de sa vie ! Séjourner sur une île de rêve présente de menus inconvénients. C'est qu'on s'y ennuie parfois ; c'est aussi que d'autres créatures (animaux, bestioles et insectes échappant à tout dénombrement) convoitent le toit de palmes sous lequel vous vous abritez, sinon votre épiderme appétissant ! La vie sur Koh Chang n'est pas douce seulement pour les êtres humains - elle l'est aussi pour les scorpions (un spécimen découvert sur notre moustiquaire le premier jour, et vaillamment combattu par Olivier), pour les araignées, pour les frelons (qui possédaient une villégiature de boue sèche dans la charpente de notre bungalow), pour les moustiques (désormais la hantise de Laetitia, cobaye de toutes les crèmes et lotions répulsives en vente sous ces latitudes infestées) et enfin pour les méduses. Ces dernières méritent une mention particulière, puisque dès le quatrième jour, une colonie nombreuse s'invitait dans les eaux tièdes de NOTRE plage. Elles ne piquaient guère, elles s’écartaient plutôt à l'approche du nageur mais... nos derniers bains ont été cruellement abrégés. Le
soir venu, nous régalions nos papilles après nos yeux en dégustant
les spécialités d'un restaurant du bord de mer (mention spéciale pour
le poisson au gingembre et autres épices non identifiées, cuit en
papillote). Comme
vous le supposez, quitter Koh Chang a été un arrachement. D'autant
plus qu'à cette étape savoureuse ont succédé deux jours de transport
parmi les plus éprouvants de notre voyage. « Un voyage est un
morceau de l'enfer », témoignait Mahomet qui peut-être, avait
couvert lui aussi la distance de Trat (Thaïlande) à Siem Reap
(Cambodge)par la route. Départ de Koh Chang à huit heures du matin,
arrivée à la ville frontalière douze heures et cinq véhicules plus
tard, sous une pluie diluvienne (nous pesons nos mots) qui a fait de
nous des proies faciles pour le seul hôtel à proximité de la gare
routière. Il s'agissait hélas ! d'un palace où nos sacs à dos
ruisselants de pluie, enlevés prestement par le voiturier et son
chariot chromé, faisaient mauvais effet. Qu'importe
: il fallait bien cette parenthèse de confort pour nous préparer à
l'enfer du lendemain. La frontière cambodgienne franchie, nous avons été
accommodés à la sauce locale : serrés comme des sardines à l’arrière
d'un pick-up ; dressés sur un lit de légumes, riz et gingembre (les
sacs transportés avec nous); enfin cuits à point sous le soleil
torride du pays khmer... En guise d'assaisonnement, la poussière de 150
kilomètres de pistes, avalée, mâchée, crachée ! Laetitia préférait
la cuisson dite " à l’étouffée ", c'est-à-dire sous un
pan de chemise dont elle se couvrait le visage - était-ce seulement
pour se prémunir de la poussière ? Quoi
qu'il en soit, nous sommes arrivés à bon port, dans une ville dont une
petite partie est vivante et habitée (c'est Siem Reap) et une grande
partie, fantôme et chargée d'histoire (c'est Angkor, la cité mythique
des rois khmers). [précédente] [retour] © 2003 Les oeuvres
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