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Olivier Bleys : Voyage en Asie du sud-est (11) Hoi Nan, Vietnam, le 15 mars 2002, Le précédent message, consacré exclusivement à Angkor (qui le méritait), passait sous silence d'autres épisodes contemporains ; entre autres notre séjour à Phnom Penh, capitale du Cambodge. Il faut dire qu'auprès de l'ancienne cité des rois khmers, l'actuelle fait pâle figure. Les ruines d'Angkor, peuplées de touristes et d'architectes œuvrant pour leur conservation, montrent plus d'animation que les rues de Phnom Penh, désertes à toute heure de la journée, comme si cette ville vivait un dimanche perpétuel. On se demande pour quel trafic illusoire ces larges avenues bordées de banques en faillite ont été ouvertes ? Sans doute pas pour les rares automobiles, produits rutilants de l'aide internationale, ni les quelques motocyclettes espérant vous prendre en selle (nous constatons, dépités, le remplacement des tuks-tuks par ces engins inconfortables). D'ailleurs, à quoi bon circuler ? Il n'y a rien à voir à Phnom Penh. Le vaste terrain où se coudoient palais royal et pagode d'argent (ainsi nommée parce que son sol est couvert de métal précieux) atteste moins le faste passé de la monarchie khmère que son actuel dénuement. Vastes salles sans meubles, toits croulants (...) sont les pitoyables écrins d'objets pourtant somptueux (ainsi les Bouddhas en or massif, incrustes de plusieurs milliers de diamants ; ces reliques ont été épargnées par les khmers rouges, sans doute parce que l'or se prête mal à la fonte de canons). Un pavillon offert par Napoléon III menace ruine : la restauration, effectuée récemment par la sympathique association " Jeunesse et Patrimoine International ", a consisté surtout à placer des panneaux avertissant les touristes du mauvais d'état du bâtiment. Le nombre de visiteurs au premier étage est ainsi limité à 20. Qui en fait le compte ? Personne. Nous pouvons donc augurer son prochain écroulement ! En somme, le meilleur du palais royal, c'est son jardin... Des centaines de fleurs appartenant aux espèces les plus rutilantes, et vers lesquelles se pressent des oiseaux eux aussi très colorés, consolent le visiteur de sa morne promenade. Merci, messieurs les jardiniers du palais royal, je suis certain que vos efforts vous vaudront plus de mérites dans l'au-delà que les pompeuses simagrées de vos souverains ! Le palais est à l'image de la ville, qui reflète le pays : les longues années de guerre les ont durement éprouvés. Voyager au Cambodge, trois ans à peine après la disparition des derniers khmers rouges, c'est comme se rendre au chevet d'un convalescent. Nos passeports restitués par le consulat vietnamien, nous avons saisi l'occasion de quitter Phnom Penh un jour plus tôt. Au voyage rapide pour nous y rendre (cinq heures de " speed-boat ", un bateau conçu pour embarquer une vingtaine de passagers et qui ce jour-là, en transporta cent !) succéda un voyage parmi nos plus longs. Nous n'allons pas vous ennuyer avec un nouveau récit d'autobus : les dix à douze heures assis sur de mauvais fauteuils, cherchant l'haleine d'un ventilateur expirant, nous les avons contées maintes fois ! Dire qu'auparavant, les deux heures de TGV de Paris à Lyon nous semblaient ennuyeuses ! Désormais, une course de cinq heures - auxquelles s'ajoutent parfois deux heures supplémentaires, pour remplir le véhicule - sont devenues pour nous monnaie courante. Nous sommes passés maîtres dans l'art de trouver, malgré l'espace toujours réduit, une posture passagèrement confortable. Sous bien des aspects, les autobus cambodgiens se rapprochent d'écoles ambulantes de contorsions, où chacun peut s'initier à la discipline du fakir. Certaines vertus morales, en particulier la patience, sont également enseignées ! Après le Cambodge, le Vietnam nous est apparu comme un have de prospérité. Dès la frontière, la substitution de rizières vertes au désert inculte que nous traversions depuis Phnom Penh, annonçait l'embellie. Puis ce furent une route bitumée de neuf, de jolies femmes en chapeau conique chevauchant des bicyclettes bien graissées, un beau chat noir s'affichant sur le store des vendeurs de cigarettes... Dès l'abord, tout de ce pays nous a semblé riant, propre, aimable. Même la mégapole qu'est Saigon, avec des foules de vélomoteurs comme il n'en passe que dans les cauchemars des vendeurs d'automobiles (un engin pour deux habitants !), a réussi à nous séduire. L'hôtel avec télévision parlant français y a fait un peu, mais aussi, n'en doutez pas, les galeries d'art, les boutiques de prêt-à-porter qui ne dépareraient pas sur le boulevard Saint-Germain, le délicieux restaurant végétarien " Bodhi tree " où nous nous sommes régalés de plats locaux (et qui, le pauvre, jouxtait un concurrent portant le même nom - procédé indélicat de " captation de clientèle " dont l'auteur n'est autre que le propriétaire de l'immeuble !). Ah, Saigon ! Nous avons feuilleté dans un magasin le bulletin de liaison d'une association d'expatriés français : on y plaignait les " fin de contrat " qui devaient revenir en France. Comme nous les comprenons ! Il est miraculeux qu'une ville aussi étendue, aussi active (" trépidante ", affirme notre guide, mais " pétaradante ", à cause des motocyclettes, conviendrait mieux !), demeure ce jardin de pierre ou il fait bon flâner. Après cette cité du miracle, le delta du Mékong nous a un peu déçus. Pour la première fois depuis notre départ de France, nous avions choisi la facilité : intégrer un groupe de touristes désireux de sillonner l'embouchure du grand fleuve sans mouiller le bas de leur pantalon. Transport compris (jamais plus de 15 mètres à marcher, ceux qu'il fallait couvrir pour rejoindre le bateau depuis l'autobus, et vice versa), déjeuner compris, services d'un guide compris. Cette formule si familière pour d'autres qui ne s'imagineraient pas voyager autrement, était pour nous totalement nouvelle. Nous nous sentions des ethnologues vivant une expérience rare, au contact d'une peuplade inconnue. Le résultat ? Une journée à se déplacer stupidement dans l'espace, en cochant chaque étape du programme d'excursion, de fait scrupuleusement suivi ; par exemple : " visite d'une plantation d'ananas " (en réalité, dégustation d'un fruit pré-découpé pour nous - et succulent! -, avant de remonter dans l'autobus), " visite d'une ferme apicole " (en fait, nous avons appuyé chacun notre index sur un gâteau de cire pour qu'il exsude une goutte de miel, avant de remonter dans l'autobus)... Quel cauchemar !
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