Le journal de Philippe B.Tristan.
Mardi 17 janvier 2006
Je pourrais commencer aujourd'hui ce journal pour le web. Depuis que
j'ai eu cette idée, je me suis un peu renseigné, et j'ai découvert que
j'étais loin d'être le seul à l'avoir eue.
Ce n'est pas grave, le monde est vieux et les gens sont tellement nombreux : comment pouvoir espérer avoir une idée originale !
En tout cas ce journal en ligne est quand même une idée personnelle. Je ne fais que de passer du stylo/cahier au clavier/écran. C’est presque la même chose sauf que l'un était secret, l'autre sera public (donc un peu différent).
Mais pourquoi en ligne ? La question est dangereuse.
Cela concerne, on va dire, une idée que j’ai de l’artiste. Artiste professionnel même, par opposition à l’artiste amateur qui, je crois, sera (le temps libre augmentant) en nombre croissant.
S’il devait y avoir une différence entre l’artiste professionnel et l’amateur, c’est que l’artiste professionnel n’a pas de voie de secours. L’amateur se dédommage de l’aliénation de la vie sociale auquel il s’est attaché en s’échappant dans la création. L’artiste professionnel doit bâtir une situation sociale sur la base de sa création. Vu les priorités des sociétés actuelles il est évident qu'il prend un risque terrible.
Ce risque qui peut être de jeter sa vie au feu.
C'est pourquoi, conscient de ce risque, que peut bien me faire de jalouser ma propre vie ?
Comme tous ces gens qui portent plainte : « atteinte à la vie privée ». Quelle vie privée ?
Ma vie privée entre et sort dans mon œuvre comme ça lui chante. « Non mais va z’y ! Fait comme chez toi ! lui dit mon œuvre – mais chez toi c’est chez moi ! lui réponds ma vie ». Et c’est peut-être bien cela qui justifie et l’une et l’autre.
Mon œuvre ne m’appartient pas.
Ma vie privée ne m’appartient pas.
Alors, mon journal, pas plus.
Car enfin, l'art existe-t-il encore ? Où ? Pour quoi faire ?
A qui profite-t-il ?
Et qu'exprime-t-il ?
Que lui reste-t-il à exprimer dans des sociétés qui n'ont de cesse
d'arrêter l'Histoire ? Pas de passé, pas d'avenir : le présent éternel.
La toile & co (le web et autres communications expresses de données) ont arrêté le temps. Comme le disait Foucault, le pouvoir s’est dissous, conséquence : l’être est de plus en plus soluble, il n'est pris en compte que comme faisant partie d'une quantité (exemples : l'audimat, les catégories de consommateurs etc.)
L’être disparaît dans le mouvement des ondes, dans la gestion des données et des flux - et l’artiste disparaît aussi.
Il disparaît s'il ne réagit pas. S'il ne crée pas des valeurs nouvelles en réaction aux valeurs des structures dominantes.
Certains croient en la vie éternelle, à la résurrection, et même, à la réincarnation. Moi, je vois le vide et je crois à la vie.
Une vie c’est un des rares états qui s’opposent au vide. L’univers est vide. La matière est remplie de vide. Les noyaux, les électrons se baladent dans un vide infini et c’est pourtant de ça que la matière est faite.
Je regarde mes doigts qui tapent sur le clavier, je regarde l’écran, je sens les couleurs des choses autour de moi : quelle présence ! Incroyable ! N’est-ce pas formidable !
Voilà à quoi je crois. La vie.
Alors, contre le grand effacement du présent universel, j'écris ma vie.
Et j’écris mon œuvre. Ma vie, mon œuvre, mon œuvre ma vie. Et cette écriture mène tout doucement à une des formes limites de l’Art.
L’art doit maintenant vivre dans ses limites. D’autres limites. Après s’être fait abstrait, objet, concept, l’art doit revenir à la vie, à la vie totale, à son expression mais aussi à son processus de création. La vie de l’artiste doit se fondre dans ses créations. Parce que l’objet, la machine, la communication numérique objectale sont partout. Partout la matière, partout l’objet. Alors l’art doit revenir à la vie. A l’humain. A l’intimité entre le créateur, l’œuvre et le spectateur.
Un cri en hommage à la vie, aux vivants qui la constituent - et même aux vivants qui l'ont quitté, la vie....
Je me pousse vers vous. Tiens ! Voilà une vie ! Pas plus pas moins qu’une autre. Mais une vie qui se manifeste : j’existe, tu existes, ils existent.
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Et nous nous appartenons : toi à toi, lui à lui, moi à moi. Notre vie nous appartient.
La liberté n’est pas qu’une illusion. Même si nous subissons des influences, même si en quelque sorte nous appartenons à notre époque, nous pouvons choisir d’être libres.
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Etre libre c’est avoir confiance en soi-même. J’ai confiance, je m’avance. Tout peut arriver, le meilleur comme le pire.
Mais quoi qu’il arrive, je serai en accord, je resterai en quelque sorte souverain - libre de vivre comme de mourir.
Peu importe de perdre ou de gagner, l’essentiel est d’aimer …
d'aimer ceux qui viennent et qui cherchent
ceux qui résistent
celle ou celui qui dort dans notre lit
ceux qui nous ressemblent
ceux qui ne nous ressemblent pas mais qui veulent bien qu'on essaie de se comprendre
ceux, celles, d'ici, d'ailleurs
les français, de souche ou pas, les pas français de France ou d'ailleurs
tous ceux qui aiment l'homme
tous ceux qui savent que l'homme vit dans un monde fragile
un monde aussi fragile que l'est un homme
tous ceux qui savent qu'il faut se battre pour protéger : et l'homme et la vie qui l'entoure
La vie des arbres, des plantes, des animaux, des micro organismes,
et l'équilibre des milieux ou cette vie s'est ancrée
oui aimer
peut-être qu'un jeu...
mais un jeu qui en vaille la peine !
© Philippe B.Tristan