Le journal de Philippe B.Tristan.
Lundi 17 avril 2006 - Tábor
Nous sommes arrivés hier soir à Tábor. La route était tranquille, un dimanche de Pâques sans camion. Biniou et Titi étaient un peu embrumés vu qu'ils s'étaient couché un peu tard la veille, - une grande fête organisée chez la mère de Biniou à l'occasion de la dégustation, délicieuse cela va sans dire, d'un sanglier.
Ludmila nous attendait avec un repas typique du samedi de Pâques, le samedi blanc ils disent ici ("Sekanice").
Elle avait préparé la table dans sa salle à manger-salon (notre chambre aussi où ont été faites une partie des photographies de Close Up). Deux appliques diffusaient une lumière faible, rehaussée par quelques bougies. Sur la table elle avait installé un bouquet de pâques, composé de branches d'arbustes où pendent des oeufs teintés et décorés à la main. C'est très joli ces oeufs, et leur décoration fait appel à des techniques élaborées (à partir de cire chaude).
Nous avons bu en apéritif un petit verre de Becherovka, la boisson nationale tchèque, puis accompagné potage et cette tourte pascale (à base de viande fumée, d'œufs, de pain, de lait et d'orties) de bière tchèque, la Kosel brune puis la Regent.
A la fin du repas Titi s'est endormi sur sa chaise. Puis, Biniou et lui sont partis avec leur bagage dormir dans la chambre de Radek.
Quand on parle des fêtes religieuses en Tchéquie, et dans tous les pays qui ont connu le régime communiste, il ne faut pas perdre de vue que, pendant de longues années, on a réprimé tout ce qui tournait autour de l'église et des religions. Un prêtre pendant la période communiste, c'était une victime. Quand il avait continué, clandestinement, au risque d'un emprisonnement très sévère, à faire des messes ou tout autre rituel religieux, il pouvait même devenir un héros. C'est pourquoi il est impossible de voir la religion ici comme on la regarderait chez nous. Moi qui ai connu l'école jésuite, qui ai subi quelques abus de pouvoir des gens de robe, j'ai une opinion pas très flatteuse du clergé français. Mais ici c'est différent, ce doit être vu avec des yeux éclairés.
Il est bon parfois de mettre quelques jugements nationaux au placard.
En fin d'après midi nous avons commencé les répétitions. Il y avait tout le monde, Karel, Radek, Ludmila, Titi, Biniou et moi. Nous avons travaillé dans l'appartement d'Alena, la petite amie de Radek. D'ailleurs Alena n'a pas été contente que nous ayons commencé à travailler bien après l'heure fixée. A neuf heures et quart nous avions rangé le matériel.
C'est toujours difficile de trouver des lieux de répétition qui permettent de travailler sans avoir de problèmes.
Après nous sommes allés travailler avec Karel et Ludmila dans l'école de Musique où ils travaillent tous les deux. Là nous avons répété "Nedo et Sanela" que nous allons jouer tous les trois, ainsi que "Qu'est-ce que tu fais?", une chanson que nous ne jouerons que lorsque Ludmila sera avec nous, et que dans les salles de spectacle, là où les gens sont attentifs et réceptifs à des ambiances plus intérieures. Moi j'adore ces chansons, - le jeu au piano de Karel, la voix incroyable de Ludmila (Ludmila est chanteuse lyrique et professeur de chant.)
Enfin, la première journée de l'avant concert s'achève. J'ai mal au ventre mais ça passera.
Partout à Tábor on voit nos affiches. Sur la façade du théâtre le nom du groupe (et un peu le mien) est écrit en grosses lettres tracées au pinceau...
L'impression de préparer quelque chose de solennel.
© Philippe B.Tristan