Le journal de Philippe B.Tristan.
Mercredi 19 avril 2006 - Tábor
Dans quelques minutes sonnera la fin de l'avant. Demain c'est le départ.
Nous avons présenté une répétition générale dans la cave de la pension Alfa. C'était là que nous avions fait notre concert test avec Karel et Radek, il y a un peu plus d'un an.
Quelques " témoins " avaient été invités. Ils nous ont pardonné nos dernières erreurs car les retours ont été bons.
Nous avons présenté les deux parties que nous jouerons demain, Ludmila a fait la traduction de la présentation des morceaux. Il me semble nécessaire de faire comprendre aux gens de quoi nous parlons. Pour moi les chansons ça doit dire quelque chose…
Cet après-midi j'ai rencontré Karel Danhel, le directeur du théâtre, un monsieur que j'aime beaucoup. C'était lui qui m'avait pris en main lorsque j'étais venu en résidence à Tábor en 2002. Nous avons beaucoup ri dans son bureau, nous avons chanté ensemble dans son appartement, avec ses voisins M et Mme Korbel. Karel est plein de talent, dessinateur, caricaturiste, accordéoniste, auteur de pièces de théâtre pour enfants, acteur et chanteur dans sa formation Poulicníci qui interprète des chansons pragoises de la fin du XIXème siècle, des chansons de rue où on se mêlent critique sociale satyrique et hommage aux plaisirs de la vie.
Ensuite, je suis passé à l'agence de la télévision tchèque de Tábor pour essayer d'avoir une annonce. Mais je pense que ce genre de sujets n'est pas ce qu'ils préfèrent. Si nous avions percuté trois voitures de police en essayant de sauver une tonne d'héroïne, je crois que nous aurions eu plus de succès.
Mais on verra. Ces démarches doivent être faites, par principe.
Pour le reste, croisons les doigts. En tout cas ce sera la première fois que nous aurons un théâtre pour nous tout seuls. Il devrait y avoir deux heures de spectacle, on a dû supprimer une chanson pour que ce ne soit pas trop long. Il va falloir apprendre à mesurer le temps de ce genre de lieux, mesurer le temps et gérer l'espace car, si aujourd'hui nous étions un peu à l'étroit, demain nous risquons bien de nous sentir perdus sur cette grande scène…
Je suis dans mes petits souliers. Les musiciens n'ont pas l'air de s'en faire. Ils parlent joyeusement, boivent de la pivo (bière). Titi et Biniou commencent à avoir de nouveaux amis et amies, ils commencent à se faire des petites histoires dans leur for intérieur. Des plans sur la comète.
Ca va, le moral des troupes est bon. C'est important, l'équilibre d'un groupe est tellement fragile…
Quant à Lumila, j'ai assisté hier soir à sa séance d'essayage : " comment allait-elle s'habiller pour le concert ? " Les femmes prennent ces choses très au sérieux ! La difficulté était de trouver des choses qui sortent de ce qu'elle porte habituellement dans ses concerts classiques.
Ca a duré plus de deux heures. A partir de la robe il fallait trouver les hauts, et après les hauts il fallait trouver les bijoux. Et hop je mets et j'enlève ! Et moi je récupère quelques miettes entre l'essayage de deux corsages… Finalement elle a fini par trouver une tenue qui sera assortie à la mienne (elle y tenait), qui sera à l'image de notre style de musique, qui ne fasse pas démodé (sachant que nos modes, en France et en Tchéquie, ne sont pas les mêmes) et qui convienne à chacun.
Bref, pour l'instant tout va bien, d'autant plus que le temps est avec nous, - le soleil efface peu à peu le souvenir de ce terrible hiver…
© Philippe B.Tristan