Chroniques de la Luxiotte   |   Textes en ligne

LUXIOTTE
Le journal de Philippe B.Tristan.

Mercredi 26 avril 2006 - Tábor, 2h30

Dans le lit j'ai installé mon ordinateur portable sur mes genoux. Cela me rappelle lorsque j'écrivais mon journal intime, avant que cette curieuse idée vienne de le publier sur le net. J'avais un cahier à couverture cartonnée et j'écrivais le soir avant de me coucher.
Ce soir nous avions un concert à Pehlrimov, une petite ville de 20 000 habitants. Je ne pourrais rien en dire pour la bonne raison que le club se trouvait à l'entrée de la vieille ville et que nous avions rien vu. Ah, si ! En face du club il y avait une église et j'ai découvert que, lorsqu'une heure sonne, il y a un automate qui accompagne les coups de cloches. Il s'agit de deux béliers qui se font face et qui, à chaque coup de cloche se jettent l'un contre l'autre et s'assènent des coups de corne. Je n'ai pas bien compris la symbolique religieuse de cet ornement. On croirait une contamination par quelque religion paienne…
Le club se trouvait dans une très grande cave aux murs de briques. Il y avait au fond une scène où nous nous sommes produits.
Mardi soir dans une ville de cette dimension, fallait pas rêver, on n'allait pas avoir foule. Trente personnes sont venues mais ont manifesté un grand enthousiasme.
Biniou m'a encore agressé en se plaignant de mes problèmes de rythme, mais je crois que le concert était plutôt bien. Les morceaux décantent, les tempos se fixent, et on ne sent plus trop la crispation du début.
Karel a trouvé un effet très sympa pour illustrer « Shenzhen 2002 », une petite touche futuriste opportune.
Il y avait trois lycéennes qui étaient venues parce qu'elles apprennent le français au lycée. Elles nous ont acheté un disque. Au moins je laisserai une trace à Pelhrimov.
Nous avons réussi à rentrer pas trop tard. Demain, départ à Bratislava. Quel joli nom de ville. Se dire " je vais jouer à Bratislava ", ça sonne comme quelque chose d'extraordinaire.
Et puis ce sera Košice.
Notre concert à Prague a été annulé, faute de moyens. Mais nous avons récupéré un nouveau concert, dans un hospice de vieillards. Et cette tournée sera terminée….
Mais nous n'y sommes pas encore et, si je veux être en forme demain, il faut vraiment que le silence tombe, comme ce terrible silence qu'il y avait dans les rues de Pehlrimov lorsque nous avons quitté le club….


Mercredi 26 avril 2006 - Bratislava, 19 h 30

Nous sommes dans le club. C'est, d'après Richard qui nous a négocié la date, le plus gros pub de Bratislava. Il y a deux salles, une grosse salle de concert, et une petite salle très chic, style boite de jazz, avec des chaises en velours rouge, des petites tables en bois, parquet sur le sol, lumières indirectes et un bar éclairé par quelques lumières fluorescentes.
Nous attendons nos pizzas et les musiciens répètent « Les sentimentent », un morceau laissé à leur improvisation.
Ludmila se prépare dans les toilettes.
Nous avons eu un joli temps sur la route, le voyage a été très agréable. Tout le monde se retrouve dans un sentiment d'aventure et d'évasion. Nous nous sommes arrêtés dans un petit restaurant où nous avons eu un menu délicieux avec boissons et café pour 120 couronnes chacun, c'est à dire à peu près 4 Euros.
Chacun en était à quelques confidences, les problèmes sexuels des uns, familiaux des autres, etc. Ludmila, étonnée qu'on en arrive à une telle confiance me dit « Now we're like a family ! »
Dans à peu près une demi-heure, nous allons commencer. Mais pas de nervosité, l'équipe se pose dans sa vitesse de croisière, connivence, amitié, respect.

Maintenant la balance est terminée, on nous sert les pizzas. Il est temps que je m'arrête, il est 20 h 20, un ange passe…

© Philippe B.Tristan