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Jean-Gabriel
Cosculluela :
A
Stéphane Landois
Le typographe est dans l'immédiat des lettres et des mots. Dans la matière du plomb, de l'encre et du papier, il est dans l'immédiat, jamais à la surface. Le typographe est au fond pour mettre au point ce qu'il voit et surtout ce qu'il ne voit pas. La terre typographique se traverse lentement dans les limites du livre (et dans ces limites le livre est quand même ouvert). Le typographe naît dans le blanc et le noir. Dans le blanc jamais blanc tout à fait, il compose le mot neige. Dans le noir jamais noir tout à fait, il compose le mot nuit. Dans le même temps qu'il met la dernière main aux mots - il met souvent une dernière main -, il met la main aux silences. Il ajuste le blanc et le noir : la neige et la nuit ne se voient pas vraiment dans les matières, elles écoutent déjà silencieusement le lecteur. Le typographe, dans sa fabrique du pré, évite la dilapidation de l'écriture, mais n'évite pas l'écriture, il en prend tous les rythmes, tout le noir et le blanc, tous les silences. Le typographe dénude l'émotion sans éloigner le réel du secret. Le
livre est la plupart du temps perdu et le typographe, dans les limites
du livre (et dans ces limites, le livre ouvert), affleure l'émotion
nue, pour autrement dire la pauvreté immédiate, intime , inconnue du
blanc, du noir, des mots, de l'écoute silencieuse.
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