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Jean Gabriel Cosculluela :
C’est une terre comment 


                   Pour Anik Vinay et Émile-Bernard Souchière


               C’est comment. C’est une terre d’inconnu. C’est tout
               comme.

               C’est une terre de neige : comment savoir s’il a
               neigé.

               C’est une terre de nuit : comment savoir s’il a fait
               nuit.


Je n’ai plus que ce blanc enfoui de la page pour enfouir la lumière – pour la retrouver.
Thierry Metz

La lumière paraît
Et le bout de tes doigts brille dans la nuit.
Nelly Sachs


               C’est la seule terre où les mots supportent le
               silence : comment savoir si le silence s’est déjà
               fait, jusqu’au bout de cette langue de terre avant
               l’inconnu.

               C’est une terre à perte de vue, malgré les bords,
               c’est tout comme un visage d’aveugle que tu
               regardes : comment savoir si le regard s’est
               arrêté ? où le regard s’est arrêté ?

               C’est une terre comment : ne pas fermer l’œil de
               la nuit ni de la neige; tourner presque de l’œil en
               tournant et retournant la terre noire, la terre
               blanche avec les mains.



Inédit à paraître dans « D’un retrait, deux » (Ed. Atelier des Grames)

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