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Thierry Fournier : 
le pigeonnier du typographe

Nous habitons une maison de brique qui a un aspect colonial, un vestige datant de l'époque de la construction du barrage de Couesque après la seconde guerre mondiale. Elle a échappé de justesse aux coups de boutoir des bulldozers qui ont transformé un village artificiel de trois mille citoyens en un hameau d'une quarantaine d'âmes. Elle se dresse dans un site boisé, entre le puech de Poujol et la vallée du Goul, un peu incongrue avec ses volets brun orangé, légère au-dessous des fermes en pierre et en lauze. Un décor en lambrequins fait comme un ciel de lit au seuil du rez-de-chaussée. L'escalier extérieur, à claire-voie, aux marches en bois pourri, conduit à notre pigeonnier d'une douzaine de mètres carrés, où nous avons installé l'atelier.

Contre un mur, tout le plan de travail d'imprimerie : des étagères pour le papier, la presse à épreuves propre comme un sou neuf, les casses contenant les caractères tels des joyaux dans leurs écrins, une table, le massicot, la plaque de formica pour l'encrage, les rouleaux encreurs, le coupoir, la perceuse, le composteur en maillechort, celui en bois, les galées de composition, le typomètre, etc. À l'opposé, devant la fenêtre, le tapis où vont sécher les feuilles fraîchement imprimées, une mini bibliothèque et la table basse où trône la machine à écrire. Ici, tout tourne autour des mots mais on n'idolâtre pas les mots, on les connaît trop pour ignorer qu'ils ne servent que d'outils d'expression du vécu, magiques échos d'une réalité qu'on ne peut saisir qu'avec le coeur.

[suite]

La mise à nu © Editions A.L.T.E.S.S, 1990

 

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