Alain Jean-André, lectures poétiques
…lecture poétique à Belfort.
D’abord Jean-Pierre Bobillot. Une intervention qui met tout de suite le feu au poudre. Est-il allé trop loin ? Je distingue nettement devant moi la prunelle courroucée d’une dame qui jette des regards indignés à son homme. Comme si elle l’incitait à la bagarre. Bobillot, lui, ne voit rien : il fonce, bille en tête, déplumant les métaphores, jouant avec les lieux communs. Un vrai lance-flammes. Puis vient Bernard Heidsieck : de l’haletant, du dramatique, de l’inquiétant. Enfin, lecture par Isabelle Vorle, des poèmes de Ghérasim Luca : deux premiers poèmes très beaux, très forts ; ensuite, une certaine dilution, pas masquée par la diction. Suivent des textes de Matthieu Messagier : vers hermétiques, plus lointains.
A la fin de la lecture, le monsieur de la dame se lève brusquement devant nous. Il bougonne d’une voix plus haute que la normale – afin d’être entendu : «
Je pensais passer une bonne soirée à écouter de la poésie, je n’ai entendu que des conneries ! » Va-t-il y avoir une suite ? de la bagarre ? des plumes qui volent ? – comme dans les shows dadas ou surréalistes. Rien de cela. Ne nous trompons pas d'époque ! Personne ne semble entendre (les bruits de chaises et de pas n'expliquent pas tout). Personne ne bouscule le rituel. Visiblement, tout reste bien réglé. On se glisse en papotant vers le hall. Possibilité de croquer des gâteaux secs, de siroter un vin pétillant. Ambiance petit salon mondain. Saluts de tête, propos courtois. Le beau fixe.
Que peut-on demander d'autre ?