Alain Jean-André, avenue du Président Wilson
Marcher dans l'air doux du matin en regardant couler la Seine (et nos amours, comme disait Guillaume), puis remonter l'avenue du Président Wilson jusqu'à ce grand édifice qui contient des oeuvres d'art moderne, c'est remettre les pieds sur une route féconde, parfois trop encombrée (je songe à l'exposition Robert Delaunay visitée hier). Mais voilà : je reviens de plus en plus à l'art du XXe siècle – alors que le XXIe approche à grande vitesse. Devant les toiles, je revisite mon époque – et aussi ma vie. L'un et l'autre se mêlent : jeu d'échos qui résonnent loin.
Aujourd'hui je vois pour la première fois directement – et non sur les pages glacées d'un livre ou d'un magazine – des travaux de Robert Hains, Villeglé et Hantaï. Un ample aperçu des techniques de chaque plasticien, beaucoup d'émotion devant la force évocatrice des grandes compositions. Hains ne se contente pas de décoller les affiches : il prend aussi les planches ou les toles qui les supportent. Retenu : Hains semble gratter, Villeglé déchire, Hantaï noue, plie les toiles. Des surfaces expressives chacune à leur manière, une manière qui doit moins au hasard qu'on a voulu le faire croire : dans les trois cas, on constate un travail méthodique, appliqué, qui n'ignore rien de la composition, des contrastes de couleurs, des allusions au quotidien ou à l'histoire de la peinture. Si Villeglé peut faire penser à Rauscherberg, Hantaï utilise un bleu proche de Matisse et d'Yves Klein. Ce travail de rupture s'inscrit tout de même dans une certaine continuité, sinon dans une continuité certaine. Et c'est bien le siècle qui apparaît dans ces oeuvres, un siècle essentiellement urbain qui emploie des déchets et exclu l'idéalisation du peintre ; un siècle qui nous dit : l'art est dans la rue, le résultat de l'utilisation d'une technique est en partie aléatoire.