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Patrice Llaona : le dimanche soir sur les quais 

Enfance, enfance que je cherche, sans nostalgie : chargée de sens, de plénitude et d'énergie, dans ce sentiment qu'alors le temps, à la fois, passe et ne passe pas. Je me souviens, en effet : nous rentrions le dimanche soir par les quais, retour de la campagne. J'avais dormi sans dormir dans l'automobile, désirant si fortement que le voyage dure toujours et vite s'achève. Et il durait toujours et s'achevait aussitôt. Nous passions sous les ombres et les frondaisons des marronniers – hiéroglyphes et murmures du soir qui peut-être se montreraient lisibles et audibles demain au verso du jour.


Nous arrivions. La déception et la joie d'arriver déjà à la maison étaient comme un goût d'aujourd'hui : recherche insensée, obstinée, chaotique comme ces phrases des murs, souffle même de la vie. Et maintenant, aujourd'hui sur ce quai : je touche le monde dans la félicité. Dans le vide funambule, la vie inonde. Je vais à rebours et je repars. Apre difficulté de fixer un signe de vraie lumière, dans l'allégresse, la vitalité des images nouvelles. Les nuits et les soleils ont tourné sans cesse depuis. Et tout recommence.

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Cadastres © Editions Cêtre

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