Nous faisons route vers Rajgahr sur la nationale. À un arrêt causé par d’autres véhicules, Malkeet notre chauffeur apprend qu’on ne peut passer, la route étant coupée par les habitants d’un village suite au décès par électrocution d’un des leurs. (Noter au passage l’efficacité de l’hindi : en quelques mots, il est au fait de ce qui se passe.) Nous parcourons donc la campagne sur une petite route tournicotant par les champs cultivés, traversant deux ou trois villages au pas. Les piétons partout, la route abîmée, les flaques et la fange dans les rues, les cochons et vaches contraignent les voitures à la prudence. Lors de notre passage, les villageois nous dévisagent sans agressivité. (…)
Gagné le pied du château après avoir cherché par les ruelles étroites, en bordure de ville. Nous débouchons sur une grande esplanade carrée, à première vue inhabitée (se méfier des apparences). En son centre un banyan majestueux au pied duquel sont couchées deux vaches indifférentes. L’image du banyan (sacré) et des vaches (sacrées et indifférentes) ponctuera notre voyage. Des ados nous collent, font pétarader leur moto, proposent leurs services de guides, veulent des sous. Le château est abîmé, mais l’importance du corps du bâtiment donne une bonne idée de “la splendeur de son passé”. La pierre claire est noircie par la mousson. Le plus impressionnant tient sûrement au sentiment d’abandon conféré par le lieu, l’herbe folle dans les cours, les ouvertures béantes, le vide. Peu de touristes viennent ici, Rajgahr est hors des circuits.
© Philippe Soriano