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Jean-Claude Walter : dans la guerre

(...) Ainsi de la guerre, et de notre retour au village, escortés de soldats. Cette guerre que tu as traversée comme en un songe, heureusement attaché de tout ton être aux fibres des saisons, à la plainte du vent ou aux éclats du soleil. Ta liberté est à ce prix : une formidable dérive dans ce que la nature a de spontané, de vivant en un mot. Un mot pour le dire - c'est le bonheur des sens ouverts sur le jour nouveau.

On te dira plus tard l'histoire de la grenade, racontée avec force gestes par les soldats, et qu'un Américain t'a sans doute sauvé la vie. Un de ces GI'S sortis de la forêt, et qui conquièrent maintenant le village avec leurs cadeaux : chocolat, chewing-gum, cigarettes, abricots au sirop, etc. La batterie anti-aérienne campe de l'autre côté du chemin, derrière la ferme Fluck. Tissés dans le ciel, des filets couleur d'herbe, tendus sur des piquets, couronnement les canons qui ressemblent à des sauterelles géantes, une antenne vers le haut et les pattes repliées.

Mona et toi, vous ne quittez plus la troupe : d'une jeep à un camion bâché, de la roulante aux tentes caméléon, d'un simple GI à un sergent galonné d'or... Ce ne sont que sourires, escapades, friandises à gogo, dans les sonorités d'une langue qui t'intrigue, et te fait sentir l'originalité de cette population faite d'hommes uniquement, mais à laquelle tu ne comprends rien - si ce n'est sa gentillesse. Avec, de l'autre côté, l'inquiétude de ta mère, dans le tourbillon de ces uniformes où ses enfants lui échappent, chaque jour, pour une autre expédition. Mona la rieuse, Mona l'intrépide, toujours devant, qui t'entraîne vers une nouvelle aventure...

[suite]

Les étincelles noires © Gérard Louis éditeur (F. 54740 Haroué)                

 

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