l

 

 

 

Retour aux Chroniques de la Luxiotte | Retour à Textes en ligne  

 

Jean-Claude Walter : Ida la Rousse

De L'été, les coquelicots sur le talus, devant l'auberge du père Bannwarth, la caresse du soleil qui se couche, vers six heures, au sommet du Taennchel... Ou alors les flammes rouge et or sur la couverture du grand atlas des bêtes, que tu consultes, dans la malle de Père, au grenier... Et les linges de Mère, avec leurs fleurs qui se dilatent dans l'eau du bidet, comme un secret, toujours dérobé...

Tu ne peux aller loin, alors, dans l'intimité des filles - elles qui s'élancent avec fougue dans le matin et, au passage, te font signe, comme pour te réveiller. Quand pourras-tu donc les connaître, les approcher et les toucher ? Et pourquoi tes rêves sont-ils si tenaces, à partir de ce geste, de ce sourire, d'une vision de la cheville, tendre et nue ?

Au retour de l'école, avec les garçons, tu fouilles de l'oeil les fenêtres de Bannwarth, pour y surprendre Ida, arrosant les géraniums. Ida la Rousse, hier encore en classe, ténébreuse sous ses torsades, les lèvres gonflées entre des joues d'un blanc d'hiver. Ida la muette, aujourd'hui hors de portée à la fenêtre de l'auberge, où sa mère, veuve à bout de ressources, l'a cédée dit-on comme serveuse au vieux Bannwarth. Et que lui a-t-il fait, hein, le Bannwarth ? Sa trique qu'il lui a mise, la prenant sur ses genoux devant les hôtes, ivrognes traînant jusqu'à minuit, et qui le racontent comme une blague, une histoire drôle dont ils s'esclaffent...

Et tu guettes son ptit sourire, à Ida, lorsqu'elle balaie le perron de l'auberge, où Bannwarth l'attend, au milieu des clients.

[retour]

Les étincelles noires © Gérard Louis éditeur (F. 54740 Haroué)                

 

Retour aux Chroniques de la Luxiotte | Retour à Textes en ligne